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1914-1918 : une Grande Guerre qui devait en éviter d'autres

© Putain de guerre, 2014, Casterman

1914-2014, un siècle et une commémoration pour le début d’un conflit qui reste ancré dans la mémoire collective malgré les années. 1914, la guerre devait être courte. Elle durera quatre ans. De 1914 à 1918, 1 700 000 dont 300 000 civils. 900 morts par jour en moyenne pour les Français, 1300 pour les Allemands. Pas une famille, pas un village épargné. Le dessin, puis la BD, s’est emparé du conflit dès 1914.

De la propagande à la réalité…

Une guerre d’images

Le 3 août 1914, à Paris et à Berlin, on part la fleur au fusil. On n’y croyait pas vraiment, à la guerre. Le patriotisme est le plus fort. François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche, s’est fait assassiner à Sarajevo. Mais ce qui déclenche les hostilités est le jeu des alliances entre états européens. L’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Turquie font bloc face à la Russie, la France et l’Angleterre. C’est la théorie des dominos. Ils se font tomber en cascade.

Les caricaturistes, la propagande et les dessinateurs vont ouvrir les hostilités avec des affiches revanchardes pour reprendre l’Alsace et la Lorraine ou Guillaume II, l’empereur allemand, en singe à moustaches. Hansi, Sem, Marcel Jeanjean et bien d’autres, connus ou anonymes, sont aussi au front et témoigneront avec leurs crayons. Même Bécassine sera mobilisée et ira sur les lignes alliées. Quant aux Pieds Nickelés, ils s’en vont en guerre dans le journal L’Epatant.

© Sous les cocardes, 1992, Nouvelles Editions Latines

1914 va mal commencer pour la France et ses « Piou-Piou », fantassins à culottes rouges, cibles idéales pour les « Boches » à casque à pointe, vêtus couleur vert de gris. Les Allemands envahissent la Belgique et approchent de Paris. La France se retrouve dans la situation de 1870 et risque de perdre la guerre. La bataille de la Marne avec ses taxis parisiens qui amènent les renforts français en première ligne renverse la vapeur. Belle image patriotique ces taxis mais ils ne transporteront que 4000 hommes.

Devant la triste réalité de l’échec d’une guerre de mouvements, les stratèges des deux camps décident de passer à la guerre de position. Le front s’étend de la Mer du Nord à la Suisse et sur le territoire belge et français. Les tranchées sont creusées. On s’enterre pour échapper au feu de l’artillerie et tenter, par des offensives meurtrières, de gagner quelques dizaines de mètres.

Des années après, Jacques Tardi sera le premier en France à vraiment montrer la réalité sans fard de la Grande Guerre. Il ouvre la voie à un genre qui prend racine et donnera quelques-uns des meilleurs albums de ces dernières années.

Finies les images d’Epinal

© Putain de guerre, 2014, Casterman

Tardi envoie Brindavoine au front en pantalon garance et montre Varlot soldat. Il signera ensuite un album incontournable avec C’était la guerre des tranchées. Finies les images d’Epinal. Profondément marqué par les récits de son grand-père qui avait fait 14 et conseillé par Jean-Pierre Verney spécialiste du conflit, Tardi donne toute sa terrible réalité à la vie quotidienne de pauvres bougres qui vont mourir d’un instant à l’autre.

La boue, les poux, la mort, la puanteur des cadavres, les blessures, la peur, Tardi raconte et témoigne. Il continuera avec les journaux de ces années de feu de 1914 à 1919 : Putain de Guerre !. Enfin, Des Hommes dans la Grande Guerre, reprend la trame de Putain de Guerre ! pour les enfants à travers le destin des hommes au front, des femmes qui les remplacent dans les usines, de l’arrière qui souvent magouille.

Côté anglais, La Grande Guerre de Charlie attendra la fin des années soixante-dix pour raconter le destin d’un jeune volontaire britannique pour le front. Joe Colqhoun et Pat Mills, s’appuyant sur une documentation très précise, suivent leur héros, Charlie Bourne. Comme chez Tardi, il n’y a ni concession, ni vision édulcorée avec en prime une attaque en règle des officiers issus des classes bien nées qui traitent leurs hommes comme du bétail.

En réalité les officiers subalternes paient le prix fort car ils partent à l’assaut en tête, entre boue et sang. L’horreur de ces affrontements se retrouve dans le premier tome de Mattéo, où le héros, blessé dans les tranchées, vit l’enfer alors que les combats ont rendu son copain Paulin aveugle. Heureusement Mattéo désertera involontairement, contraint et forcé par sa mère.

© La Grande Guerre de Charle, 2013, Délirium

Pour aller plus loin

Hansi

Sem

Marcel Jeanjean

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