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1914-1918 : une Grande Guerre qui devait en éviter d'autres

Un siècle après, la Grande Guerre interpelle toujours.

L’horreur comme quotidien

1915 est un tournant. La guerre fixée en Europe s’exporte dans les Dardanelles, face aux Turcs. Le génocide arménien aussi appelé Medz Yeghern, Le Grand Mal prend forme. Durant ce temps, l’Italie rejoint la France qui reprend la main en Champagne. Les attaques aux gaz commencent. Les Allemands les utilisent à Ypres.

1916 est l’année de la bataille de Verdun, qui marque les esprits. On se bat et on manœuvre dans la Somme. Les Anglais perdent 20 000 hommes dès le premier jour. Dans l’enfer de Verdun, Pétain est aux commandes pour la France. 260 000 Poilus mourront dans cet engagement décisif qui ne sera jamais égalé en souffrances et en horreurs.

La plupart des BD d’aujourd’hui évoquent Verdun, Douamont, le Fort de Vaux. Sous les bombardements, les hommes s’y lancent hors des tranchées dans des attaques baïonnette au canon. Ils foncent vers les lignes ennemies, s’empêtrent dans les barbelés, se font hacher par les mitrailleuses. Dans ce contexte meurtrier, quoi de plus inaperçu qu’un meurtre ? C’est de ce constat que part La Tranchée qui transpose une intrigue policière sur le champ de bataille et Notre Mère la guerre qui utilise le même contexte mais y fait figurer trois cadavres féminins.

© L'Ambulance 13, 2014, Grand Angle

Le gigantesque charnier de 14-18 est un champ d’expérimentation sans précédent pour la médecine. L'Ambulance 13 rend hommage aux médecins et infirmiers du front. La chirurgie fera des progrès énormes. La transfusion sanguine mise au point par le professeur Janbreau sauvera des milliers de vie. Pour les gueules cassés, les Poilus défigurés, le retour à la vie civile sera une épreuve parfois pire que la mort. Pour un peu de bonheur raconte justement la difficile réinsertion familiale de Félix, défiguré, dans son village natal. L’album Vies tranchées met, quant à lui, en évidence la folie qui peut découler des combats. Cette série de portraits saisissants met en scène des hommes frappés par ce qu’on nomme aujourd’hui le stress post-traumatique.

L’aviation devient une arme

L’aviation de chasse fait ses débuts en 1916. Au début du conflit, elle ne sert qu’à la reconnaissance. Peu à peu, les Spad, Nieuport, Fokker et Albatros envahissent le ciel. Rapidement, ils s’affrontent en combat singulier. En 1919, Marcel Jeanjean, précurseur de la ligne claire, décrit la vie d’une escadrille dans Sous les Cocardes. En 2013, Romain Hugault et Yann font vivre aux frères Castillac de l’escadrille des Cigognes une lutte à mort contre Le Pilote à l’Edelweiss. Le Baron Rouge, un As allemand s’envole, lui, en 2012.

© Le Pilote à l'Edelweiss, 2013, Paquet

1917, les Américains entrent en guerre aux côtés des Alliés. Le moral des Français baisse mais la guerre reste légitime. Les marraines de guerre écrivent aux soldats comme dans Le sang des Valentines. Le général Nivelle ordonne des offensives meurtrières et inutiles. Des mutineries éclatent. Nivelle est limogé. Pétain calmera le jeu en améliorant les conditions de vie des Poilus. Paroles de Poilus illustre des témoignages de ces conditions de vie extrêmes avec les saisons comme repères. On y parle même des fusillés pour l’exemple, réhabilités désormais. Ils sont aussi évoqués dans Les Folies Bergère, où le fantastique côtoie un quotidien d’une rare violence.

L’Armistice, enfin…

L’offensive française du Chemin des Dames, nom local du plateau entre la vallée de l’Aisne et de l’Ailette, est un succès. Mais la révolution et le retrait de la Russie du conflit permettent à l’Allemagne de ne plus se battre que sur un front. La guerre risque de basculer. C’est ce qui se passe en 1918 où deux offensives allemandes font trembler la France. Les Alliés réagissent. Le poids des troupes US est imparable. Une contre-offensive arrête les Allemands qui demandent l’Armistice, signé le 11 novembre.

Dans Le Roi cassé, la Mort elle-même en a assez de cette boucherie innommable qu’elle veut stopper. Et dans L’Oreille coupée, on découvre avec les héros, les atrocités volontaires et les nettoyeurs de tranchées, dont la mission consiste à tuer tout ennemi, blessé ou pas, encore présent dans une tranchée conquise.

© Les Godillots, 2013, Bamboo

L’Europe sort exsangue de la guerre. Le traité de Versailles en 1919 veut mettre l’Allemagne au pas. L’Allemagne qui a combattu hors de ses frontières et s’est retirée en bon ordre considère qu’elle est humiliée. L’Europe explose territorialement. Toutes les conditions d’une guerre future sont réunies. Alors que des millions d’hommes sont morts convaincus que 14-18 est « la der des ders », vingt ans plus tard les survivants de 1918 remettront l’uniforme. A l’ombre des monuments aux morts de leurs villages.

Pour aller plus loin

Hansi

Sem

Marcel Jeanjean

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