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Vaughn Bodé, Roi-Lézard de la bande dessinée

Au début des années 60, les comics semblent promis à être et rester de simples divertissements pour enfants. Mais en 1963, un jeune auteur inconnu, Vaughn Bodé, sort à 100 exemplaires une petite BD nommée Das Kämpf, qui annonce la révolution à venir dans le petit monde des comics. Sa sortie en français nous donne l’occasion de vous faire découvrir la vie salement agitée de son auteur. Dessin, sexe, drogues : les 60’s en BD.

De Syracuse à Syracuse

Né à Syracuse, New York

Syracuse en 1945.

Syracuse en 1945.

À sa naissance, rien n’indique que Vaughn Bodé - prononcez Von – deviendrait, à l’orée des années 70, le « Lizard King », le « prêtre alien » de la bande dessinée, l’un des grands responsables du renouveau des comics. Il naît en 1941 à Syracuse, près de New York, et passe son enfance dans cette ville industrielle pauvre, comme il en existe des centaines à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Son père, alcoolique et violent, poète raté jamais publié et chômeur la plupart du temps, bat régulièrement sa mère. Ils divorcent en 1951.

Vaughn est alors hébergé chez son oncle et sa tante. Malheureusement, ils le prennent rapidement en grippe (pour cause de masturbation au milieu des pneus du garage familial) et au bout de quelques mois, Vaughn rentre chez sa mère. Il s’échappe de son quotidien amer dans le dessin, qu’il pratique régulièrement dès ses 5 ans. Il déteste l’école, où il se sent isolé, réduit au rôle du « gamin bizarre qui dessine des trucs bizarres ».

Le dessin et l’autorité

Vaughn Bodé

Vaughn Bodé
© Syracuse University

À 16 ans, il veut tout plaquer : il quitte le lycée et s’engage dans l’armée, comme son grand frère avant lui. Mais Vaughn, en plus de subir le harcèlement sexuel de son sergent instructeur, découvre qu’il ne partage pas tout à fait le goût de son frère pour l’autorité. Il réussi à se faire réformer pour motifs psychiatriques, rentre à Utica où vit désormais sa mère et y rencontre Barbara Hawkins. Sous la pression de sa (future) belle-famille (très) conservatrice, qui veut à tout prix l’empêcher de voir Barbara, il se met à fréquenter l’église locale.

Autoportrait, 1967

Autoportrait, 1967
© Mark Bodé

Il envisage un temps de devenir prêtre, mais se marie finalement en 1961. Il a alors 20 ans, n’a ni argent ni travail, à peine un toit, et 8 kilos de dessins dans ses cartons… Rasé de près, son plus beau costume sur le dos, Vaughn débarque à New-York. Mais il aura beau passer plusieurs jours à tenter de convaincre des éditeurs de journaux et de comics, personne ne lui achète le moindre dessin. Pire, il se fait humilier à plusieurs reprises pour son style trop épuré et se fait traiter de cinglé.

Cahiers, agrafes et hommes-lézards

Das KämpF

Das KämpF
© Mark Bodé / Aux Forges de Vulcain

Il brûle plusieurs centaines de dessins en rentrant à Utica, et prend un poste de dessinateur industriel. Sa femme tombe enceinte peu après. Après la naissance de son fils Mark, il s’agace du succès du dernier best-seller de Charles M. Schulz, Happiness is a warm Puppy, une série d’illustrations niaises à souhait sur le bonheur avec les personnages des Peanuts. Du coup, il le parodie dans Das KämpF, auto-édité sous la forme de cahiers agrafés, tiré à 100 exemplaires. Ils ne se vendront pas.

Cheech Wizard, 1967

Cheech Wizard, 1967
© Mark Bodé

Dans les mois suivants, Vaughn publie dans les journaux étudiants de Syracuse. Dans le plus diffusé d’entre eux, Sword of Damocles, il créé le Cheech Wizard, un sorcier au chapeau démesuré ne laissant que ses jambes visibles, défoncé aux psychotropes, et dont les activités favorites sont : insulter les hommes-lézards qui peuplent l’arrière-plan des strips, la drogue, le sexe. « Tout ce que vous pouvez imaginer d’étrange et de dérangeant, je l’imagine encore plus étrange et dérangeant » dit-il en interview à l’époque. Et il n’avait pas tort...

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Commentaires (1)

Merci pour ce très bon ar notre Jim Morrison de la BD, qui a profondément marqué sa génération. Son influence se perpétue encore aujourd’hui et est visible dans le travail de nombreux graphistes hip-hop. Superbe.

Posté le 20/12/2014 à 23h32