ZOO

Vaughn Bodé, Roi-Lézard de la bande dessinée

Sex, drugs, Rock 'n comix

East Other Village

Cobalt 60, 1968

Cobalt 60, 1968
© Mark Bodé

Dans les années suivantes, Vaughn Bodé continue de dessiner. Il écrit pour plusieurs fanzines de science-fiction et créé plusieurs autres personnages. Sa popularité grandit et, en 1968, il découvre l’East Other Village, un mensuel alternatif où publient entre autres Robert Crumb et Art Spiegelman. Il y postule, est engagé et y publie la suite des aventures de ses personnages déjà existants. Enfin un endroit où il se sent chez lui, où il est aussi bizarre que ceux qu’il côtoie.

© Mark Bodé

Deux ans plus tard, il entre à Cavalier, un journal à la ligne éditoriale proche de Playboy. Il y lance la série Deadbone, qui changera plusieurs fois de nom. Cette série concentre tout ce qui définit Vaughn Bodé : du sexe (beaucoup de sexe), de la drogue (beaucoup de drogue), de la vulgarité et aucune limite au foutage de gueule. Tout le monde en prend pour son grade dans un univers psychédélique. Il devient peu à peu une superstar de la BD underground, grâce à son imagination décalée, sans limites et ses provocations répétées.

Lizard King

Vaughn Bodé au début des années 70
© Mark Bodé

Au début des années 70, sa popularité grandissante lui permet de s’affirmer. Lui qui n’avait connu qu’humiliations professionnelles et rejet dans sa vie personnelle est enfin reconnu pour ce qu’il est. Il choisit donc de laisser libre cours à ses désirs sexuels. Il s’initie au sadomasochisme, multiplie les aventures sexuelles avec des hommes et des femmes, et découvre les drogues hallucinogènes. Il se voit comme « Auto-sexuel, hétérosexuel, homosexuel, mano-sexuel, sado-sexuel, transsexuel, unisexuel, omni-sexuel... Tout ça en même temps ! »

Abandonnant les cheveux courts et les chemises pour adopter une dégaine androgyne, il déclare en 1973 : « Les dessinateurs ne sont pas les gens les plus agréables à regarder. Je suis l’exception ». Il s’intéresse de plus en plus au mysticisme et à la méditation, fréquente un temps la Mission de la Lumière Divine, secte inspirée de dogmes chrétiens et des principes de méditations transcendantale. Alors que l’on commence à le surnommer « Lizard King » (en référence à ses hommes-lézard et à Jim Morrison), il préfère le surnom de « Alien Priest ».

Rock ’n Comix

Pendant ce temps, il apprend à dessiner à son fils Mark (insistant surtout sur les poitrines féminines). Mais en 1972, Barbara, supportant de plus en plus mal le style de vie de Vaughn et ses revendications de liberté sexuelle totale, finit par divorcer ; même s’ils restent amants et continuent d’habiter à proximité l’un de l’autre. Suite à cela, Vaughn emménage avec l’auteur Jeff Jones, connu(e) aujourd’hui sous le nom de Catherine J. Jones, avec qui il s’initie à l’auto-strangulation érotique et méditative.

Ils collaborent également sur des strips destinés au National Lampoon, l’un des premiers journaux nationaux à grand tirage publiant de la BD underground. Les comix comme on commence à les appeler par opposition aux comics grand public, arrivent sur les étals des marchands de journaux. Mais Vaughn veut (aussi) être une rock-star. Il monte le « Vaughn Bodé Cartoon Tour », un spectacle où il double des extraits de ses BD et les accompagne de musique. Il donnera une dizaine de concerts, jusqu’à se produire au musée du Louvre en 1974.


© Mark Bodé

Au sommet de sa carrière, tout s’arrête brutalement le 18 juillet 1975. Vaughn Bodé est retrouvé mort dans sa chambre par son frère Vincent. Il avait dit à son fils quelques heures auparavant qu’il allait pratiquer son « activité divine », une séance d’auto-strangulation méditative. Mais cette fois, le collier ne s’était pas détaché. Il laisse derrière lui une œuvre, qui influencera plusieurs générations d’auteurs américains, et s’exportera jusqu’en France. Elle influera surtout sur le destin de quelques auteurs qui fonderont cette année là, un magazine vendu 8 francs : Métal Hurlant.

Pour aller plus loin

Haut de page

Commentez

1200 caractères restants

Commentaires (1)

Merci pour ce très bon ar notre Jim Morrison de la BD, qui a profondément marqué sa génération. Son influence se perpétue encore aujourd’hui et est visible dans le travail de nombreux graphistes hip-hop. Superbe.

Posté le 20/12/2014 à 23h32