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Rébellion au fin fond de la galaxie

Après avoir perdu le trône impérial au profit de l’Empereur actuel de la dynastie Merkan, tous les membres de la dynastie Khelek et leurs alliés sont bannis sur Tazma. Ils sont contraints de vivre reclus dans d’innombrables grottes souterraines. Sam Timel et Jorge Miguel nous entraînent sur les traces de la jeune princesse Xinthia qui va définitivement tout bouleverser dans cette passionnante épopée SF!

Présentez-nous Sapiens Imperium en quelques mots.

Sam Timel : Sapiens Imperium est un Space Opera. Ce récit se déroulant sur quelques mois raconte ce qui va provoquer le basculement de l’empire humain dans une direction radicalement différente de celle des siècles précédents.

Au début, il faut assimiler, tant scénaristiquement que graphiquement beaucoup d’éléments, parfois antérieurs au récit, un univers complexe, hiérarchique. Comment est née l’idée de ce projet, de ces mondes régis par des familles impériales s’entredéchirant?

S.T : L’histoire en elle-même n’est pas complexe, mais elle s’inscrit dans un univers qui a été méticuleusement développé pour couvrir plusieurs millénaires. Ainsi, les personnages qui y évoluent – même si certains ne font que passer – ne sortent pas de nulle part et sont bien le produit des générations antérieures et de leurs interactions. Femmes, hommes et non humains y ont des arbres généalogiques hauts comme un baobab de Shodu Prima.

Jorge Miguel et Sam Timel

Jorge Miguel et Sam Timel
© Humanoïdes Associés

Comment avez-vous rencontré Jorge Miguel?

S.T : Jorge est non seulement un grand dessinateur réaliste – son Shanghai Dream est somptueux –, mais il est tout aussi à l’aise dans le style cartoony comme l’hilarant Z comme zombies. Ses influences ne sont pas celles de la traditionnelle école franco-belge et ça m’a attiré.

Les femmes sont au centre de l’album, fortes et volontaires, plus subtiles aussi, elles prennent une part très active au récit. Xinthia, ou Oma-Ka, par exemple, avaient-elles une place aussi marquée au début du projet?

S.T: Xinthia de Khelek est le personnage autour duquel ce projet a été construit d’emblée. À l’époque de notre histoire, l’Imperium est une société patriarcale, mais Xinthia, née dans une prison et un milieu extrême, a un tempérament qui la fera vite s’opposer à toute forme de domination.

Tazma la planète prison

Tazma la planète prison
© Les Humanoïdes associés

Au moment de concevoir ce projet, y a-t-il eu des envies de développer, en parallèle du récit, un regard critique sur les pouvoirs hégémoniques rythmant l’actualité, ou au contraire de garder des distances, justement, avec la réalité?

S.T : Les grands thèmes humains sont au cœur de Sapiens Imperium et en ce sens, on est bien dans la réalité. Mais la magie de la science-fiction a aussi le pouvoir projeter – fracasser diront certains – ladite réalité dans les mondes imaginaires... et de se faire plaisir au passage.

De quoi vous êtes-vous inspiré pour créer cet univers, ces personnages?

S.T : Un fait réel a été l’étincelle à partir de laquelle j’ai imaginé ces personnages, les damnés de Tazma. En 1972 le roi du Maroc, Hassan II, échappe à un attentat organisé par un proche, le général d’origine berbère Mohamed Oufkir. Oufkir est abattu, mais l’histoire ne s’arrête pas là ; sa famille, à savoir sa femme et ses six enfants, qui furent des intimes du roi, disparaissent, jetés dans un cachot dont ils ne sortiront que dix-neuf ans plus tard. Pour moi, c’est un fait réel, terrible, qui est tellement puissant qu’il caractérise à lui seul le règne du monarque en question.

On vous a déjà vu dans ce registre SF avec les Redhand, par exemple. Est-ce un genre que vous affectionnez en particulier?

S.T: Avec Redhand qui était un récit d’heroic fantasy entamé par le scénariste Kurt Busiek et que je devais compléter, je me suis amusé – avec son accord – à en changer l’axe et à révéler au lecteur dans un twist que, contrairement au genre affiché par l’histoire, le monde en question n’est pas magique, mais technologique, et qu’on est dans de la SF. On dit que c’est du «genre bending».

Le peuple Khelek survivent depuis plusieurs génération sur Tazma

Le peuple Khelek survivent depuis plusieurs génération sur Tazma
© Les Humanoïdes associés

Vous avez une écriture très réaliste, très expressive. Quels sont les écrivains, les écrivains, les scénaristes qui vous ont inspirés?

S.T: En matière de SF, j’aime beaucoup Robert Silverberg qui est un maître. Avec Bruno Lecigne, nous concoctons ensemble en ce moment, avec Adrien Villesange au dessin, une suite inédite à la bande dessinée Retour à Belzagor qui est elle-même une adaptation d’un des grands romans de Silverberg. C’est un grand honneur et un grand bonheur.

De votre côté, Jorge, vous travaillez en numérique sur ces planches?

Jorge Miguel : Depuis quelque temps déjà, j’utilise la même technique : je commence toujours par faire le découpage/story-board au crayon dans un cahier d’école avec des cases dessinées en miniature. C’est rapide à corriger et idéal pour avoir une vue d’ensemble. Pour le crayonné, j’alterne le numérique et le crayon que je scanne. Par exemple pour les gros plans avec des visages qui se doivent d’être expressifs, je préfère mon Staedtler 4B. La Cintiq est idéale pour l’encrage et les corrections de dernière minute.

Vous avez dû tout inventer de A à Z, de quoi vous êtes-vous inspiré pour ces multiples engins, pour ces personnages?

J.M : Au cours de sa vie, on se crée un bagage visuel qui nous influence sans qu’on en soit toujours conscient. Pour Sapiens Imperium, j’ai curieusement souvent eu en tête des scènes de La Planète des singes (1968) et de Flash Gordon (1980). Pourtant, je pense n’avoir utilisé que de très loin des références venues de ces deux films, dont les thèmes sont très éloignés de notre livre.

L'espoir subsiste dans le cœur de la jeune Xinthia

L'espoir subsiste dans le cœur de la jeune Xinthia
© Les Humanoïdes associés

On vous a déjà vu dans ce style de registre SF avec les Décastés d’Orion, par exemple. Est-ce un genre que vous affectionnez en particulier?

J.M: J’aime le thème du choc des cultures, avec de grandes différences dans les niveaux d’évolution. La SF techno m’intéresse beaucoup moins. Ou alors quand elle a un aspect rétro. J’adore les films comme Fire Maidens from Outer Space dans lequel debout, le pilote démarre sa fusée en allumant une cigarette. J’aime bien toucher à tout dans la BD et varier les genres.

Vous avez un dessin très réaliste, très expressif, quels artistes vous ont inspiré?

J.M: Je place toujours en tête de liste l’Argentin José Luis Salinas. Il était dans les expressions et le mouvement dans un style réaliste, ce que Uderzo était dans le style humoristique. Je leur dois beaucoup à tous les deux. Et puis Victor de la Fuente, Jesus Blasco et Jean Giraud sont des maîtres, sans oublier André Chéret dont les découpages me laissent plein d’admiration.

Quels sont les personnages de qui vous sentez le plus proche?

J.M: Sans m’en sentir particulièrement proche, j’ai eu beaucoup de plaisir à dessiner Ohm, une femme de la tribu des géants. J’aurais bien fait un album dont elle aurait été le personnage central.

Avec cet album d’une facture plutôt classique, Sam Timel et Jorge Miguel nous offrent un agréable moment de lecture des plus dépaysant. Des débuts prometteurs, à surveiller!

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