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Bootblack - T1 (Juin 2019)

couverture de l'album

Série : BootblackTome : 1/1Éditeur : Dargaud

Scénario : MikaëlDessin : MikaëlColoriste : Mikaël

Public : À partir de 12 ans

Prix : 14.00€

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La critique ZOO Le Mag

Note ZOO Le Mag 5.0

Scénario

5.0

Dessin

5.0

Avec Giant, nous étions hissés au sommet des buildings new-yorkais en 1932. Mikaël pose cette fois sa caméra parmi les cireurs de chaussures et ce nouveau diptyque s’annonce déjà tout aussi prometteur.

Nous quittons les chantiers de construction de Manhattan tout en restant immergés dans ce melting-pot des classes sociales les plus humbles où les émigrés de fraîche date, de quelque endroit du vieux continent qu’ils proviennent, sont déjà rejetés par ceux de la première génération qui craignent que le flux incessant des nouveaux arrivants ne vienne leur ôter le pain de la bouche.

Asphalt Jungle

Fils d’immigré allemand, le jeune Altenberg, neuf ans, ne souhaite qu’une chose : s’intégrer au « nouveau monde » en reniant ses origines germaniques. Après s’être chamaillé avec son père à ce propos, il quitte brièvement son immeuble qu’il retrouve en flammes à son retour. Orphelin, il va devoir faire son éducation dans la rue auprès de quelques autres déshérités de son âge. Avec Shiny Rasmussen, il va devenir un bootblack, cireur de chaussures ambulant. Et, désormais, il se fait appeler Al Chrysler. Avec leur ami, le très affranchi Joseph Bazilsky, alias Diddle Joe, ils vont monter une opération de blanchiment d’argent sale, fruit des trafics de la mafia italienne, qui va prendre une tournure dramatique.

L’histoire, contée en flash-back, débute sur le front de guerre en 1945. Nous découvrons Al, devenu adulte, en train d’enterrer ses compagnons d’armes tombés sous le feu des tirs ennemis. Sur la plaque d’identification accrochée au cou d’un des soldats défunts, il trouve le nom de la personne à prévenir en cas de décès : celui de son amour de jeunesse, Margaret Beauford, devenue l’épouse de feu Harry Grey.

Scénariste chevronné, metteur en scène éprouvé

On retrouve dans ce nouveau récit toute la puissance narrative de Mikaël, avec un sens particulièrement aigu de la dramaturgie, qui faisait tout le sel de Giant et évoquait à bien des égards les ambiances du chef-d’oeuvre de Sergio Leone, Il était une fois en Amérique. Il ne manque que la musique d’Ennio Morricone sur ses images ! Son scénario, qui s’affranchit subtilement de la chronologie de certaines péripéties, se ménage des zones d’ombre qui ne seront dévoilées que dans le second volet. Ici encore, il joue sur l’empathie que suscitent ses différents personnages sans jamais verser dans le sentimentalisme. Il y a de la tragédie, du pathos dans cette histoire d’amours contrariées entre Al et Margaret, comme il y en avait dans Giant entre Jack Jordan et Mary Ann. Loin de se répéter, Mikaël creuse et approfondit son sillon sur un terrain fertile en émotions.

Graphiquement, il poursuit son exploration de « Big Apple » avec la même fascination, le même soin pour les décors comme pour les véhicules qui sillonnaient les avenues de la mégapole de cette première moitié du XXe siècle. Ses perspectives de rues, ses vues plongeantes, sont impressionnantes dans leurs dominantes virant du sépia à l’ocre ou au vert selon les séquences. Au détour d’une vignette, on peut déceler un bel hommage à Will Eisner qui célébra sa ville de naissance tout au long de sa prestigieuse carrière. Notons encore qu’à l’instar des deux volets de Giant, l’illustration de la couverture de Blackboot est très belle, et celle du tome suivant, comme en atteste la reproduction figurant au dos de cet album, tout aussi réussie. Cerise sur le gâteau : un très beau cahier graphique de huit pages, réservé à la première édition, permet à Mikaël de signer quelques illustrations pleine page de toute beauté.

Cet article sera publié dans le magazine Zoo n°72 Juillet - Août 2019 qui sortira le 4 juillet pour la Japan Expo

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