Titre après titre, Chihiro Hiro s’affirme de plus en plus sur la scène shōjo française. L’autrice japonaise spécialisée dans les romances school life est notamment connue pour Plus jeune que moi et Ces nuances entre nous, aux éditions Akata. À l’occasion de la sortie du onzième (et avant-dernier) tome de Toutes les raisons de s’aimer, elle était présente, début juillet 2026, à la Japan Expo à Paris. Rencontre.
Comment faire pour qu’une romance puisse s’étendre sur plusieurs tomes ?
Chihiro Hiro : Je n’avais pas prévu d’écrire une série longue lorsque j’ai commencé Toutes les raisons de s’aimer. Et il y a finalement 12 tomes… C’est une romance qui se développe lentement, page après page. Chaque petite chose, sentiment ou événement, qui peut avoir l’air insignifiant, mérite d’être dessiné avec précision et attention. Car ces petits moments peuvent avoir un impact fort par la suite.

Titre après titre, Chihiro Hiro s’affirme de plus en plus sur la scène shōjo française © Hiro Chihiro / Shueisha - 2018
Vous êtes arrivée pour la première fois sur le marché français dans le label « shōjo feel good » d’Akata. Vos œuvres sont-elles « feel good » ?
C. H. : Quand je dessine mes histoires, je m’adresse d’abord à des jeunes filles, adolescentes ou jeunes femmes. Et je veux que les œuvres qu’elles lisent leur donnent de l’espoir, leur apportent une énergie positive. Pas qu’en amour, mais aussi dans leur vie en général. J’écris en gardant toujours cet objectif en tête. Et c’est peut-être pour cela que mes œuvres ont été sélectionnées pour figurer dans un label « feel good ». La classification « feel good » n’existe pas au Japon, il est plutôt question de tranches d’âge.

L’autrice japonaise spécialisée dans les romances school life est notamment connue pour Plus jeune que moi et Ces nuances entre nous, aux éditions Akata © Toutes les raisons de s'aimer
Est-il important de faire des shōjo doux alors que la romance sombre prolifère dans le paysage éditorial actuel ?
C. H. : Il est essentiel que des propositions éditoriales très différentes existent, pour satisfaire le lectorat. Les romances dark et celles positives sont, d’une certaine manière, complémentaires. Mais je dessine dans la revue Margaret et j’ai un peu de réticence à écrire des choses qui pourraient avoir une mauvaise influence sur de jeunes lectrices. Car il est indéniable que les œuvres auxquelles on est exposé quand on est jeune ont un impact très fort sur notre formation.
« Les œuvres auxquelles on est exposé quand on est jeune ont un impact très fort sur notre formation ! »

Une romance qui se développe lentement, page après page © Toutes les raisons de s'aimer
Pourquoi vos héros sont-ils des protagonistes masculins respectueux des femmes ?
C. H. : Des hommes toxiques pourraient apparaître dans mes mangas, mais, dans mon travail, seuls les garçons qui agissent toujours avec respect envers les femmes peuvent devenir des héros et des love interest.
Comment avez-vous réinventé la dynamique du triangle amoureux dans Toutes les raisons de s’aimer ?
C. H. : Je ne sais pas si j’ai réinventé la dynamique du triangle amoureux… Mes héros masculins sont en compétition mais, c’est vrai, ils ne mettent pas d’huile sur le feu. Obi et Jun se sont déclarés auprès de Urara mais ils n’ont pas cherché à rendre la chose dramatique. Je ne force pas mes histoires : ce sont les personnages qui agissent et choisissent la direction que prend l’intrigue. Certains lecteurs pensent peut-être que ça manque de moments dramatiques. Moi-même, je m’interroge parfois : faudrait-il que cela soit plus piquant ?

Extrait de Toutes les raisons de s'aimer, T.11 © Toutes les raisons de s'aimer
D’où vient votre avatar, un petit œuf livide ?
C. H. : Mon autoportrait vient de notes que nous nous laissions dans la famille : « Je rentre à telle heure », « Je vais là » Je gribouillais ce petit œuf pour qu’on sache que c’était mon message. Désormais, il s’agit de mon autoportrait !
« Seuls les garçons qui agissent toujours avec respect envers les femmes peuvent devenir les héros de mes mangas »
Kimi to Barairo No Hibi, votre dernière série, n’est pas encore disponible en France. Pouvez-vous nous en faire le résumé ?
C. H. : L’héroïne est une lycéenne qui n’a pas encore connu son premier amour. C’est une jeune fille naïve, amoureuse de l’amour, qui ne connaît rien à la vie. Elle va se retrouver dans la même classe qu’un garçon mystérieux. Des rumeurs négatives ne cessent de circuler à son sujet. Elle se lie d’amitié avec lui, découvre son côté gentil, attentionné. Elle commence à l’aimer. À ses yeux, il ne ressemble en rien à la personne malveillante décrite par les rumeurs. C’est forcément quelqu’un de bien. Mais est-ce que cela suscite de ne pas croire aux rumeurs ? Et s’il s’était passé quelque chose dans son passé, pourrait-elle continuer à l’aimer ? Est-ce raisonnable de tomber amoureuse de lui ?

Couverture du T.11 de Toutes les raisons de s'aimer, de Chihiro Hiro
Article publié dans ZOO Manga N°27 Septembre-Octobre 2026
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