16 ans après la publication de Rébétiko, Prudhomme revient avec Rébétissa, toujours sur la musique des « petites gens » dans la Grèce de 1936. Un récit choral avec trois femmes au centre de l’intrigue. Envoûtant sur la forme comme sur le fond.
David Prudhomme avait encore des choses à dire sur le Rébétiko, genre musical exprimant le mal-être de déracinés déconsidérés par la société grecque des années 30. Si les hommes jouant et chantant le rébétiko étaient au cœur du premier ouvrage, des femmes sont ici mises en avant : Béba et Mariko sont proches l’une de l’autre mais aussi rivales (du moins, selon Mariko). Elles cristallisent l’attention par leur talent artistique, leur détermination et leur beauté. Une troisième femme est importante : Katina est prête à tout pour éviter que la police ne ferme son café, rendez-vous de tous les protagonistes de cette histoire. Le lieu, apprécié pour ses concerts de Rébétiko, est en effet menacé.
Les hommes ne sont pas absents, loin de là. Un nouveau groupe musical se forme, même si les aspirations des uns et des autres sont différentes. Sous l’ombre toujours menaçante du Président grec Metaxas qui veut éradiquer ce genre musical trop oriental et subversif à son goût, ces femmes et ces hommes tentent de survivre et de rester libres. Les amitiés sont mises à rude épreuve. Le désir amoureux n’y est pas étranger. Et la drogue fait des ravages.

Extrait de l'album " Rébétissa "
© Futuropolis, 2025 - David Prudhomme
Le dessin est d’une justesse et d’une sensibilité incroyables. On est pourtant loin d’un style hyperréaliste, mais les scènes sont traitées avec une telle authenticité que l’on a parfois l’impression de voir des photos, ayant saisi des instantanés de vie. Les couleurs y sont pour beaucoup. Si l’édition en format à l’italienne privilégiait le dessin en noir et blanc, rendant hommage à la virtuosité du trait de Prudhomme, celle en couleur nous fait vivre intensément sous le soleil grec, avec une grande science du traitement de la lumière.
Prudhomme parle de tous ses personnages avec beaucoup d’humanité. Certains se perdent, d’autres se retrouvent. Le rêve américain est-il une issue, dans cette société trop corsetée pour ces esprits libres et rebelles ?