Claire Fauvel signe un roman graphique féministe et lumineux, entre récit sur l’art, exploration du désir féminin et quête intime de soi. Une œuvre moderne qui interroge les images, les fantasmes et la liberté de jouir.
Photographier l’intime pour reprendre le pouvoir sur son désir, c’est la quête que va mener Alex, la jeune héroïne de ce roman graphique, face à la tiédeur de la vie dans laquelle elle s’est engluée.
Discrète mais talentueuse, la jeune femme est sélectionnée pour exposer aux Rencontres d’Arles. Son choix de sujet initial - le désir - soulève aussitôt une question forte : où sont les images du plaisir féminin non alignées sur des fantasmes d’hommes ? Fauvel transforme ce point de départ en manifeste intime et politique, explorant le vide laissé par l'absence d’un érotisme pensé par et pour les femmes.

Extrait de "Les yeux d'Alex" dans laquelle Claire Fauvel remet en question incarnée du rapport à la sexualité et au désir © Glénat, 2025
Mais le récit va plus loin : il épouse les failles d’Alex, son rapport douloureux à son corps, à cette peau marquée qui trahit son mal-être, sa découverte du plaisir, de ses propres tabous, de ses envies... La photographie devient ici un double miroir : sur les corps qu’elle désire et fixe sur papier, et sur le sien, qu’elle apprend à accepter.
À mesure que son objectif se tend vers les hommes qu’elle choisit, Alex découvre sa propre capacité à jouir, ses élans, sa vulnérabilité. Faisant face au carcan sociétal et à la pression patriarcale, elle tente de réinventer un regard érotique éthique, loin de la violence implicite des images pornographiques classiques.
À mi-chemin entre la candeur d’une initiation et la radicalité d’un geste féministe assumé, Les Yeux d’Alex interroge les fantasmes et les normes. Avec ses couleurs directes et ses illustrations toujours aussi vivantes, Fauvel signe alors une chronique vibrante sur la puissance de voir, et d’être vue autrement.
Article publié dans le mag ZOO n°106 Septembre-Octobre 2025