En langue guarani, Tekoha signifie « Terre qui fait de nous ce que nous sommes. » Ana et Jorge jettent un regard sur l’état actuel de la nature et l’Histoire brésilienne. Une Histoire intimement liée à un environnement martyrisé par l’agriculture de masse, la dépossession et la politique coloniale.
Le Brésil et Clara Chotil, c’est toute une histoire. Parue en 2022 chez le même éditeur, sa première BD Opera Negra traitait déjà de l’histoire coloniale du pays à travers le parcours d’une fille de domestique née à Rio et devenue cantatrice. En début d’année 2026 est sortie Le Blanc du Drapeau, collaboration avec la scénariste Julie Scheibling sur l’extrême droite en France. Le rapport avec Tekoha et le Brésil ? Il n’y en a pas… sinon une volonté à vouloir aborder un sujet dont l’encre de l’actualité est particulièrement fraîche.

Extrait de Tekoha, porté par Clara Chotil au scénario et au dessin. Un récit sur l'histoire brésilienne avec la colonisation pour toile de fond.
© Actes Sud, 2026
« Ordre et progrès »
Moins intime que Opera Negra, Tekoha s’avère toutefois personnel et politique pour son autrice. Le Brésil de Bolsonaro est dans le viseur. Déforestation systématique de tout un pays et questionnement sur sa politique agricole sont finalement le centre de la problématique… toujours avec le colonialisme comme toile de fond. Présent depuis plusieurs siècles, le sujet colonial est devenu polysémique, à la fois culturel, économique, identitaire, écologique et d’actualité. Clara Chotil réussit admirablement à le faire savoir en quelques planches, notamment celles consacrées aux agriculteurs. Un moment graphique d’une grande justesse, car sans besoin de long discours.

Tekoha porté par Clara Chotil au scénario et au dessin. Un récit sur l'histoire brésilienne avec la colonisation pour toile de fond.
© Actes Sud, 2026
Zone acrylique d’intérêt
Au fil des pages, un constat émerge : la plus grande force de l’autrice réside dans sa maîtrise des couleurs. Tekoha ne se lit pas vraiment pour ses dialogues (qui font le job) ou la netteté des traits (fanatiques de la ligne claire : passez votre chemin), mais pour sa peinture acrylique et la justesse de sa palette chromatique. Vous aimez le vert ? Vous allez être servi ! Vous aimez les bande-dessinées qui se passent de commentaire : c’est là où Tekoha excelle. Clara Chotil n’a pas besoin de montrer des visages expressifs pour montrer la détresse des protagonistes : le visage de la nature s’en charge.
Le titre de l’ouvrage trouve tout son sens quand on y pense…