Zidrou poursuit ses one-shots sur l’adoption, avec un papy resté hippie jusqu’au bout des ongles, un fils notaire étriqué et un fils adoptif indien très cool. Un récit plus corrosif qu'il en a l'air, illustré de manière joyeuse et subtile par Arno Monin.
François-René et Diane, un notaire et son épouse, vivent de manière très confortable dans leur beau manoir. Zidrou a choisi l'archétype du bourgeois de province. Le notaire joue au tennis avec un pair et des amis médecins. Bref, le monde de l'entre-soi. La dénonciation ennuyeuse se pointe ? Non, car intervient Hippie Papy !

Zidrou poursuit ses one-shots sur l’adoption, avec un papy resté hippie jusqu’au bout des ongles © Grand Angle, 2026
Il est le père du notaire. Rentré au bercail après une vie de bohème aux quatre coins du monde. Les conventions, il s'en fout. Et le vrai propriétaire du domaine, c'est lui ! Même s'il stresse son fils et horripile la femme de celui-ci, ils sont bien obligés de l'accepter. Ce qui détruit ce déjà fragile équilibre est l'arrivée de Kiian, fils adoptif d'origine indienne de Hippie Papy. Nous y voilà : l’adoption. Et l’héritage... au plus grand désarroi du notaire et surtout de sa femme. Une bonne idée du scénariste : faire de Kiian un Indien vivant au Canada, parlant donc un québécois truculent, ce qui ajoute au contraste avec le fils notaire.

Un récit plus corrosif qu'il en a l'air, illustré de manière joyeuse et subtile par Arno Monin © Grand Angle, 2026
L'intelligence de Zidrou fait qu'il évite d'être trop manichéen. On apprend que Hippie Papy avait abandonné femme et fils pour partir vivre sa vie en Inde. Le notaire soupire qu'il n'a vu son père qu'une demi-douzaine de fois avant sa récente installation chez lui. On peut donc comprendre la distance qu’il maintient ; mais ce n’est pas forcément un manque d'affection. Louise, sa fille, a au contraire développé une relation complice avec ce grand-père atypique. La jeunesse peut-elle sauver le monde ?
Arno Monin illustre cette histoire d’un dessin tout en nuances. Sa subtilité permet de transmettre les émotions d’une famille qui, par son éducation, a l’habitude de les rendre peu visibles. Ses couleurs pastel nimbent d’une ambiance feutrée un récit évoquant, par certains accents, le cinéma de Claude Chabrol qui avait fait de la bourgeoisie son sujet favori.

Extrait de Hippie papy, par Zidrou et Arno Monin © Grand Angle, 2026
La fin pouvait s'annoncer convenue mais il n'en est rien. Zidrou offre un dénouement qu'on ne voyait pas venir et qui apporte son lot de malice bienvenue. Avec une page supplémentaire pour un twist additionnel qui fait penser à celui qu’on a parfois après le générique de fin d’un film.