C’est un sentiment ressenti, et constaté, parmi les survivants des camps de la mort, juifs ou non, résistants rencontrés : pourquoi suis-je vivant et pas mon copain ? Cette culpabilité est également présente dans l’adaptation des Cahiers d’Alter Fajnzylberg, juif polonais, Ce que j’ai vu à Auschwitz, par Jean-David Morvan et Victor Matet, coscénaristes d’Adieu Birkenau, avec Rafael Ortiz au dessin.

Extrait de Ce que j'ai vu à Auschwitz - Les cahiers d'Alter, par Jean-David Morvan, Matet et Rafael Ortiz © Dupuis, 2026
Alter, avant d’être déporté à Auschwitz en 1942, a une vie de passion, de résistance vouée au communisme, de la guerre d’Espagne au militantisme urbain en France. Alter Fajnzylberg s’engage dans les Brigades internationales en 1937. Interné par la suite en France, il finit par s’échapper, puis est arrêté par hasard en 1941 à Paris par la police française : c’est le début de l’album. Il fait partie du premier convoi de déportés juifs envoyé de France vers Auschwitz fin mars 1942. Son fils Roger mettra des années avant de livrer les carnets d’Alter, son père, écrits en polonais à son retour des camps en 1945. Des carnets conservés dans une boîte à chaussures, et toute l’horreur du monde ! Ils dévoilent qu’Alter a été obligé de faire partie du Sonderkommando, qui, à Auschwitz, gérait les cadavres dans les chambres à gaz et les fours. Les nazis exterminaient ces témoins du pire.

Ce que j'ai vu à Auschwitz - Les cahiers d'Alter, par Jean-David Morvan, Matet et Rafael Ortiz © Dupuis, 2026
Alter s’en sort, survit, mais porte sur les épaules une double croix : avoir survécu et avoir été indirectement un acteur innocent de la Solution finale. Alter met une chape de plomb sur son témoignage jusqu’au jour où son fils décide qu’il faut livrer au monde ce que ses parents avaient fini par occulter. Le dessin d’Ortiz accroche, réaliste et authentique, pour une histoire bouleversante, à largement méditer.
Article publié dans ZOO Le Mag N°109 Mars-Avril 2026



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