Alors que Vincent Ballot vient tout juste de publier son deuxième roman, il découvre dans un magazine spécialisé une critique assassine le concernant. La blessure narcissique est alors insupportable. Qui a pu écrire un tel pamphlet ? Débutant par une innocente recherche sur Internet, Vincent se rapproche peu à peu de son bourreau, au point de finir par le traquer.
Il y a un aspect étrange à écrire, et très certainement à lire, une chronique sur un livre dont le thème est la critique littéraire, mais Criticopolis mérite que cet exercice soit tenté.
Vincent Ballot est en difficulté pour élever sa fille, en conflit avec son ex-femme et englué dans une relation toxique avec sa nouvelle compagne. C’est désormais le milieu professionnel qui plonge un peu plus l’écrivain dans le désarroi. Dans une société où tout n’est que fausse bienveillance, il reçoit en pleine face la violence de l’écrit littéraire, qui ne cesse de le tourmenter. Le protagoniste questionne alors la portée de cet écrit et son fondement philosophique.

Extrait de Criticopolis, par Marie Baudet © Glénat, 2026
Au fur et à mesure que Vincent vacille, le récit gagne en étrangeté et en humour, à l’image de cette planche dans les transports en commun où notre héros perd toute inhibition et finit par dire ses quatre vérités aux passagers. L’apparition d’un second écrivain, haut en couleurs, élargit le propos à l’acte d’écrire. C’est ainsi tout le secteur de l’édition qui est passé au vitriol.
Comme dans son précédent ouvrage Eyes Without a Face, Marie Baudet ne représente pas les visages, ce qui laisse une nouvelle fois toute liberté à l’interprétation. De multiples lectures sont possibles, selon que l’on imagine le personnage colérique, cynique, amusé ou désespéré. Le lecteur devient le metteur en scène du spectacle qui se joue. Les couleurs, réalisées aux feutres à alcool, sont douces et renforcent le ton faussement candide.

Extrait de Criticopolis, par Marie Baudet © Glénat, 2026
Écrire une chronique sur un livre dont le thème est la critique littéraire reste un exercice singulier, mais l’auteur de ces lignes tient à conclure avec clarté, surtout si Marie Baudet venait à le lire, : Criticopolis est un livre drôle et élégant, qui souligne avec subtilité les ambivalences de la société. Merci de ne pas vous en prendre à ma personne.

Extrait de Criticopolis, par Marie Baudet © Glénat, 2026
Article publié dans ZOO Le Mag N°109 Mars-Avril 2026



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