Ryuhei Tamura a l’habitude des idées percutantes. Explosives, pourrions-nous même dire. Le risque, c’est qu’elles lui pètent directement au visage.
Depuis Beelzebub, l’auteur peine un peu à maintenir la qualité de son idée originelle. Badass cop and Dolphin, par exemple, débute extraordinairement bien mais mute rapidement en ribambelle de bastons assez peu inspirées. Cosmos, cependant, affiche dès son premier tome une telle richesse fondamentale dans ses prémisses qu’on ne devrait pas courir le risque de la voir s’effondrer en récit de baston pure avant fort longtemps. La situation est en effet porteuse de tant de variations possibles que l’éclat des situations initiales pourrait tout à fait perdurer un bon moment.

Extrait de "Cosmos, T1" de Ryuhei Tamura © Ki-oon, 2026
Odeur de soufre rance
Concrètement, Kaede, un lycéen solitaire par nécessité, est étouffé par un pouvoir un peu particulier. Il sent les mensonges. Tout son environnement est ainsi putréfié par les effluves des petites cachotteries du quotidien et rien ne semble en mesure de lui permettre de créer de véritables liens (ni d’en déclencher l’envie). La seule personne dénuée de pestilence qu’il croisera sera un alien imperturbable, sous couverture, chargée d’enquêter sur la validité de contrats d’assurance d’extraterrestres en vadrouille sur la planète bleue…. Fatalement, entre l’honnêteté confirmée de cette entité pince sans rire entourée d’alliés excentriques et les voyageurs interstellaires qu’il va se mettre à croiser régulièrement, son petit monde va drastiquement évoluer. La Terre, fragile et à la civilisation encore balbutiante à l’échelle du cosmos, est étroitement régulée. Certainsextraterrestres vont tenter de contourner les règles, d’autres d’en profiter au maximum. Dans ce maelstrom, Kaede s’avérera terriblement nécessaire pour démêler le vrai du faux dans des contextes souvent mortels.

Extrait de "Cosmos, T1" de Ryuhei Tamura © Ki-oon, 2026
La maaf met des baffes
Chaque rencontre sera différente, toutes provoqueront de grands changements dans sa perception du réel et des autres, non sans mandales bien méritées de temps à autres. La série, qui pourrait se contenter de scènes d’action effrénées, trouve son équilibre dans un mélange d’amertume justicière et de vie quotidienne d’autant plus touchante qu’elle est adjacente à des situations porteuses de tragédies stellaires.
Un peu d’humour se glisse ci et là sans se faire plus lourd que nécessaire et le banal se pare d’extraordinaire tandis que Kaede grandit en résolvant des cas très différents les uns des autres, proposant une plongée de plus en plus variée dans les inventives spécificités biologico-sociales
Article publié dans ZOO Manga N°24 Mars-Avril 2026