Le lecteur sait que l'histoire finit mal : la navette spatiale du 28 janvier 1986 explose, tuant ses sept passagers. Mais le savoir-faire des auteurs installe une tension permanente, entrainant une lecture fébrile de ces 150 pages. Un véritable page turner !

Extrait de Le visage du Créateur par Dominique Monféry © Rue de Sèvres, 2026
Le point d'entrée choisi par Laurent-Frédéric Bollée est original : Nichelle Nichols, l'actrice noire américaine jouant le lieutenant Uhura dans Star Trek, une pionnière dans un pays encore marqué à la fin des années 60 par la ségrégation. La NASA fait appel à ses services afin de susciter des vocations y compris parmi les femmes et les Afro-américains.

Extrait de l'album Le visage du Créateur, par Dominique Monféry © Rue de Sèvres, 2026
Puis on suit le cheminement du programme qui amène à la navette spatiale. A chaque saut temporel dans le scénario, un texte off nous dit précisément combien d'années / mois / jours / heures séparent l'action de l'explosion de Challenger, instillant une sourde angoisse. Même quand la scène est joyeuse.

Extrait de la bande dessinée Le visage du Créateur par Dominique Monféry © Rue de Sèvres, 2026
Parmi les sept passagers au destin tragique, Christa, enseignante passionnée de conquête spatiale, est au centre de l'attention des auteurs. On s’intéresse aussi à Ron, qui devait jouer du saxo depuis l'espace en duo avec Jean-Michel Jarre. Jarre lui rendra un vibrant hommage lors de son concert géant à Houston, deux mois plus tard.

Extrait de planche de Le visage du Créateur par Dominique Monféry © Rue de Sèvres, 2026
Qui est responsable de la catastrophe ? Sans forcément pointer de coupables, le récit montre l'enchaînement des (non) décisions à l'origine de l'accident fatal. Bollée met bien en avant la pression qu'ont les dirigeants de la Nasa. Le premier vol spatial avec des civils était un symbole important pour Ronald Reagan, alors président.

Extrait de l'album de Dominique Monféry, Le visage du créateur © Rue de Sèvres, 2026
Cristiano Spadoni fait partie de ces dessinateurs instinctifs qui ne mettent pas beaucoup de détails mais vont à l'essentiel, stylisant les personnages et les décors. Son travail peut faire penser à celui de Bastien Vivès. Le rendu contribue au sentiment d'urgence qui se dégage du récit. Même s'il se déroule sur 19 ans. On peut juste regretter que les visages des personnages soient parfois un peu cryptiques.

Extrait de Le visage du Créateur, de Dominique Monféry © Rue de Sèvres, 2026
Mais c'est rare et on est vraiment porté par cette épopée qui, au-delà de la conquête spatiale, parle de l'Amérique des années 60 aux années 80. Un récit profondément marquant.