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Ségo, François, papa et moi

couverture de l'album Ségo, François, papa et moi

Éditeur : Hachette

Scénario : Olivier FaureDessin : Olivier Faure

  • ZOO
    note Zoo2.5

    Scénario

    3.0

    Dessin

    2.0
  • Lecteurs
    note lecteurs
    0 critique

Le synopsis de l'album Ségo, François, papa et moi

Pour la première fois dans l'histoire de la BD, la politique nous est racontée de l'intérieur par l'un de ses acteurs. Tout commence le 29 mai 2005, quand la France dit non au traité constitutionnel européen. Ce jour-là, la campagne pour la désignation du candidat PS à la présidentielle démarre vraiment. Ce jour-là, Olivier Faure, directeur adjoint du cabinet de François Hollande, se met à croquer ses camarades socialistes. De l'irruption de Ségolène Royal à sa victoire devant les militants le 16 novembre 2006, rien ne manque. Entrez dans les coulisses de Solférino et découvrez les clefs de la campagne du PS pour la présidentielle.


La critique ZOO sur l'album Ségo, François, papa et moi

A Zoo le Mag, on aime à défendre les jeunes auteurs. C’est donc avec bienveillance et curiosité que fut lue la première et dernière BD d’Olivier Faure (parue en 2007) accessoirement devenu depuis Premier secrétaire du PS… On a les carrières de dessinateur qu’on peut.

BD et politique ont en commun d’être deux jeux de cases.  Si les dessinateurs suscitent souvent la sympathie du public, il n’en est, en revanche, pas de même des politiques.  Dans ces conditions, il serait alors très facile de descendre l’ouvrage d’Olivier Faure pour « se payer » un élu célèbre, alors qu’au contraire,  il y aurait plutôt lieu de se réjouir qu’une personnalité publique de premier plan affiche sa passion pour la BD au point de s’exercer au métier. L’objectivité nous oblige néanmoins à reconnaître que le style graphique, fait d’aplats en noir blanc peut sembler un peu lourd, parfois même maladroit. L’auteur tend même le bâton pour se faire battre, avec un clin d’œil à Tardi, apporté assez peu subtilement...

Il serait évidemment totalement injuste de mesurer Ségo, François, papa et moi au talent d’un des plus grands artistes du 9e art. Disons simplement qu’Olivier Faure a voulu encrer ses impressions de jeune cadre du PS pour les lecteurs et citoyens que nous sommes. Cet ouvrage doit donc être lu d’abord sous l’angle politique. Il serait ainsi plus juste – mais aussi plus méchant - de mesurer les pensées d’Olivier Faure, Premier Secrétaire, à celle de son illustre prédécesseur François Mitterrand (cela dit Joel Callède maîtrise, lui, parfaitement le noir et blanc)...

Ségo, François, papa et moi

Extrait de planche de la bande dessinée Ségo, François, papa et moi, d'Olivier Faure © Hachette, 2007

Cet album raconte ainsi les atermoiements de Jonathan Bang en 2005 / 2006,  conseiller de François Hollande alors Premier Secrétaire du PS, vus à travers les yeux de sa fille adolescente, Nina.  Le PS en pleine préparation des primaires est alors déchiré entre Strauss Kahn, Fabius , Jospin et Hollande et voit l’émergence d’une nouvelle figure , Ségolène Royale (plus au moins encore en couple avec le même François Hollande). On comprend mieux les troubles de Jonathan Bang… Que l’utilisation d’un pseudonyme ne trompe pas les lecteurs, il ne s’agit pas d’une histoire à clé : les fabiusiens sont appelés « fabiusiens » (et sont manipulateurs), les strauss-kahniens sont appelés « strauss-kahniens » (et sont manipulateurs aussi), tandis que les partisans de Hollande (il y en avait à l’époque…) restent les gentils avec le sens de l’intérêt du parti et de la France…  

Après un long débat en rédaction, Zoo le Mag a choisi de ne pas briser le secret, en ne révélant pas que Jonathan Bang est l’incarnation en réalité de Julien Dray, proche de Hollande qui finira par rejoindre Royale… Un Julien Dray mâtiné d’Olivier Faure, car l’on retrouve quelques traits asiatiques dans le portrait de Bang (Olivier Faure est né d’une mère vietnamienne)… Bref, Mister Olivier Faure et Docteur Julien Dray, en quelque sorte.

Ségo, François, papa et moi

Extrait de la première et dernière BD de Olivier Faure : Ségo, François, papa et moi © Hachette, 2007

Il y aurait beaucoup à dire d’un point de vue psychologique avec les thèmes de la séparation dans les couples (l’ex ressemble d’ailleurs à une asiatique – Œdipe quand tu nous tiens), le sujet de la religion et de la judéité, celui de la culpabilité mais aussi quelques évocations conscientes ou inconscientes de la vie privée de l’auteur).  Il convient surtout de s’interroger sur ce parti-pris qui consister à faire parler son adolescente de fille pour décrire les malaises et les doutes du père. Ne pouvait-il pas les exprimer par lui-même ? Ironisons enfin du fait qu’Olivier Faure, soutien indéfectible de Hollande en 2006 deviendra frondeur en 2015 et qu’aujourd’hui les deux hommes s’écharpent. Certes le dessin peut être une thérapie, mais Olivier Faure n’aurait-il pas dû en parler plutôt avec un spécialiste ?

Ségo, François, papa et moi

Extrait de Ségo, François, papa et moi, par Olivier Faure © Hachette, 2007

L’ouvrage rappellera des souvenirs à ceux qui ont vécu cette période (militants, sympathisants, ou journalistes).  Il doit être lu aussi à l’aune de ce qu’est devenu le PS. Il décrit ainsi les tares qui ont conduit à la chute vertigineuse de ce parti. Un parti en manque d’idées avec seulement des combats d’égos (entre barons et courants), des oppositions (contre Chirac, contre Sarkozy, contre de Villepin , contre les richesses (tout en se relaxant (et en culpabilisant) dans des résidences secondaires du sud, avec piscine)… 

Il nous gratifie de clichés ridicules sur la banlieue « Mais il est ouf ce keum. T’as vu comment il parle de nous ?» annone ainsi un jeune des quartiers (il ne manque plus que « Ta mère » et « Wesh Wesh »…). Olivier Faure exprime finalement dans cette œuvre, la pensée misérabiliste et démagogique d’une gauche déconnectée des réalités. Pas étonnant que ce soit LFI qui au final ait raflé la mise…   

Ségo, François, papa et moi

Extrait de planche de Ségo, François, papa et moi, par Olivier Faure © Hachette, 2007

Le destin des protagonistes de ce livre constitue aussi un révélateur :  Olivier Faure, qui dans le livre s’inquiète de l’antisémitisme, reste aujourd’hui prêt à toute les compromissions, Julien Dray, décrit comme le chantre du vivre ensemble, est devenu chroniqueur à CNews, François Hollande ne pense plus qu’à effacer le ratage de son premier et dernier quinquennat et Ségolène Royale fait n’importe quoi pour ne pas être oubliée. En ce sens, l’ouvrage d’Olivier Faure reste fascinant Pour paraphraser, deux titres marquants pour son ancien patron, nous pourrions donc lui dire « Merci pour ce moment » mais aussi « un Premier secrétaire ne devrait pas dessiner cela ».

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