Déjà quatre volumes de Ratiche ! Il était temps d’en parler un peu sur Zoo, de revenir sur le contenu, la démarche, sur les autres publications des éditions Ouïe Dire… Mais d’abord, Ratiche, c’est quoi, c’est qui ?
A la base du projet, il y a la compagnie Ouïe Dire, créée par Marc Pichelin en 1994. On le connait comme co-créateur des Requins Marteaux où il a animé pas mal de récits dans Ferraille, ainsi que dans Fluide Glacial ou Jade. La compagnie est très active localement, avec de nombreux ateliers et des rencontres avec des auteurs de BD qui viennent témoigner de leur métier, mais aussi participer aux différents collectifs mis en place, que ce soit des spectacles, des expositions, de la musique, l’écriture, la photographie et bien évidemment la bande dessinée. De 2018 à 2022, Ouïe Dire développe d’ailleurs un nouveau projet, Vagabondage 932 à Coulounieix-Chamiers et à Périgueux, une sorte de résidence qui accueille artistes et habitants afin de partager un espace créatif qui témoigne de la vie du quartier…

Extrait de Ratiche Poche 4, aux éditions Ouïe Dire créée par Marc Pichelin en 1994 © Ouïe/Dire, 2026
Reprenant ses histoires publiées dans Ferraille, Pichelin et son complice Guillaume Guerse vont lancer en 2014 le premier volume de Vermines, publié par les Requin Marteaux. Ils introduisent alors un univers animalier pour servir de miroir à la réalité. Une idée qu’ils vont réutiliser ensuite dans Ratiche, qui se déroule dans la cité imaginaire de Chams City, construite dans les égouts.
Ratiche
Le principe est assez simple, finalement.
Ratiche est une publication collective ouverte aux artistes qui passent, en plus des réguliers comme Guillaume Guerse, B-Gnet, Tangui Jossic et Louise Collet. On peut alors croiser James (1), Terreur Graphique (2), Boris Mirroir (2), Besseron (2, 3, 4), Bob (2, 3, 4), Emile Bravo (3), Evemarie (3, 4), Manon Veaux (4), Manon Alban (4) et Caloucalou (4). Marc Pichelin propose une trame générale, à partir de laquelle les uns et les autres construisent leurs planches, y ajoutant des jeux, des fiches animaux, des gags en une page, le tout dans l’esprit des vieux pockets qu’on lisait enfant, avec un propos nettement plus axé sur des personnages en majorité losers qui tentent tant bien que mal de s’en sortir avec des magouilles toutes plus tarabiscotées les unes que les autres.

Extrait de Ratiche Poche 4, scénarisé par Marc Pichelin et dessinée par un collectif d'artistes réunis pour l'occasion © Ouïe/Dire, 2026
Ainsi, dans le premier volume, Furax le loup borgne cueille sans le vouloir des champignons hallucinogènes, persuadé qu’il s’agit de girolles qu’il compte bien aller revendre en ville. Cependant, il empiète sur le terrain des chats Kevin et Melvin qui décident de le surveiller de plus près. De son côté, toujours en besoin d’argent, Ratiche entraîne son copain Bourricot dans un plan foireux à base de course de pigeons.
Dans le second, Rita la jolie loutre, qui tient le Rialto, une guinguette en bord de rivière, aimerait bien faire une omelette avec de la ciboulette. Furax propose de lui trouver ça. Pendant ce temps, Ratiche et Bourricot font affaire avec Kevin et Melvin, ils leur proposent de leur trouver de l’herbe à chat toute fraîche. Sur leur route, ils rencontrent Bajou le hamster prisonnier d’une jardinerie. En même temps, Mitch découvre les effets de l’herbe à chat dans la rue, sur des jeunes chatons, il va demander l’aide du maire qui lui adjoint les services de l’inspectrice Croquette…

Extrait de Ratiche Poche 4, quatrième tome d'une série animalière aux styles variés et expressifs © Ouïe/Dire, 2026
Pour le troisième volume, Ratiche en a marre d’héberger gratuitement Bajou depuis qu’il l’a libéré, il finit par le mettre à la porte, mais sa propriétaire lui rappelle ses loyers en retard. Le rat n’a plus le choix, il doit absolument trouver de l’argent. A nouveau, il se tourne vers son copain Bourricot dans un nouveau plan douteux, un match de boxe contre le redoutable Aragondin. Pendant ce temps-là, Bajou est désespéré, il n’a dorénavant plus d’endroit où dormir. Furax lui dit qu’il a une idée, il l’entraîne aux alentours du Centre de Recherche Expérimentale de la Dordogne et le vend à Raton qui s’occupe des animaux qui servent aux expériences du professeur Tripounet. Désormais captif, Bajou rencontre deux autres cobayes, dont l’espagnol El Molasson. Ensemble ils réussissent à s’enfuir…
Pour le dernier volume, le 4, El Molasson décide de porter plainte contre Raton et c’est l’inspectrice Croquette qui mène l’enquête. Cependant, en se rendant sur place, elle est elle aussi capturée, cette fois par la sœur de Raton, mais elle réussit à s’échapper. En ville, un nouveau parti commence à se faire de plus en plus entendre, les chats du RTN (Ra-To-Nade), prônant l’exclusion des migrants et de tout ce qui n’est pas un chat…
Des non-héros
L’univers animalier de Ratiche est peuplé de petites gens qui mènent somme toute une vie assez ordinaire. Cependant, au gré de leurs soucis, souvent monétaires, ils glissent régulièrement dans des aventures mâtinées d’embrouilles diverses qu’ils doivent ensuite démêler. Ce n’est pas une série nourrie de grands exploits, avec des héros vaillants et nobles, loin de là. On se rapproche bien plus des premières aventures moins lisses de Mickey dans les vieux strips de Gottfredson, ou dans les pockets de Placid et Muzo, des personnages qui tentent simplement de s’en sortir, avec des caractères bien trempés.

Extrait de Ratiche Poche 4, qui rend hommage aux petits formats de BD de notre enfance © Ouïe/Dire, 2026
L’aspect collectif de l’ensemble ajoute une multitude de styles assez appréciables, qui rajoute de la vie, de l’expressivité à ces volumes qui offrent tout de même de sacrés moments de lecture.
Si Ratiche, à l’évidence, n’ambitionne pas de tout révolutionner, elle rend un hommage respectueux à ces vieux petits formats qui nous séduisaient enfants. Le rythme de parution annuel peut frustrer le lecteur avide de nouveauté, mais il faut donner le temps aux publications libres de se préparer. Patience en attendant le numéro 5.