Un Tango nommé Gran Cafe Tortoni
Dans un album de 112 pages, Philippe Charlot et Winoc rendent hommage à la culture
28 février 2018
-Interview


Philippe Charlot, Laurent Zimny
Éditeur : Dargaud
Dessin : Laurent ZimnyAuteur : Philippe Charlot
Prix : 21.50€
Scénario
Dessin

Que fait un écrivain quand il n’écrit pas ? Que fait un écrivain, en 1933, à la toute fin de la prohibition, sur l’île de Key West située à 150 kilomètres de Cuba et son rhum ? Quand cet écrivain n’est autre qu’Ernest Hemingway, la réponse est toute trouvée : « Papa », comme tout le monde l’appelle, enchaîne soirées alcoolisées dans le speakeasy de Joe, vagues entraînements de boxe avec Julio et pêche au gros à bord de son bateau. Pas de bonne guerre, ni de sang, ni de larmes : l’inspiration ne risque pas d’arriver ! Mais comme dans toute bonne histoire, surgit un élément perturbateur. Ici, une gamine à casquette, chemise à carreaux et jeans bien large, aussi fluette que Hemingway est costaud. Cette petite Janet a besoin d’aide, et Ernest a besoin d’aventure. S’il doit jouer le trafiquant d’alcool pour trouver 200 billets à sa protégée, il le fera bien volontiers. Reste à voir s’il sera aussi bien disposé pour participer à...
Une aimable fantaisie qui s’insère sans difficulté dans la riche vie d’Ernest Hemingway. Le contraste entre l’écrivain et la jeune fille, l’humanité des personnages, le dessin vivant, les couleurs orangées... Savoureux comme un cocktail en bonne compagnie.
Key West est une île au Sud de la Floride. Cuba et son rhum sont tout proches. En 1933, c’est encore la prohibition, mais le coin est tranquille et Hemingway peut exprimer librement son penchant pour l’alcool. Tromper son ennui, chercher l’inspiration, tous les prétextes sont bons. Un rayon de soleil survient, sous les traits d’une fillette d’une douzaine d’années.

Une aimable fantaisie qui s’insère sans difficulté dans la riche vie d’Ernest Hemingway © Dargaud, 2026
C’est Laurent Zimny qui a eu la vision d’Hemingway croisant la route d’une fillette. Il a soufflé l’idée à Philippe Charlot qui en a fait un épisode imaginaire de la vie de l’écrivain. L’histoire est inventée, mais incorpore un certain nombre d’éléments réels de la vie de l’écrivain, comme l’explique le dossier en fin d’ouvrage. Nous n’en parlerons pas ici, pour laisser intacte la saveur de la lecture, que vous vous demandiez « Mais ça, c’est vrai ou c’est faux ? » face à telle scène. Le résultat est en tout cas très cohérent, tout en étant une aimable fantaisie sans prétention.

L’histoire est inventée, mais incorpore un certain nombre d’éléments réels de la vie de l’écrivain © Dargaud, 2026
La relation empreinte de tendresse entre Hemingway, que l’on appelle « Papa » sur l’île, et la jeune Janet donne à cette histoire un côté feelgood. Le ton est léger, presque celui d’une fable. Tout le monde est plutôt bienveillant, même les deux piliers de bistrot qui se battent régulièrement avec l’écrivain, qui aime la castagne… Le clin d’œil au Vieil homme et la mer, qu’il écrira une vingtaine d’années plus tard, n’est pas trop appuyé dans le récit, même s’il donne le titre à l’album.

Le ton est léger, presque celui d’une fable © Dargaud, 2026
Le dessin de Laurent Zimny est rapide, plutôt caricatural. Hemingway est d’autant plus un colosse (aux pieds d’argile ?) face à la frêle Janet. L’encrage est volontiers appuyé. Se dégage une impression d’énergie du premier jet. Les décors sont pour autant soignés, nous entraînant dans cet îlot oublié des tourments des années 30. La couleur est très joliment travaillée, donnant de belles ambiances dorées, comme du rhum ambré.

La couleur est très joliment travaillée, donnant de belles ambiances dorées, comme du rhum ambré © Dargaud, 2026
Un récit où l’on croise des personnages hauts en couleur, mais surtout d’une humanité touchante, ce qui fait du bien.
Haut de page