Sous l’impulsion de Zabus qui connaît bien le sujet, le théâtre de rue bouleverse la vie des habitants d’une petite ville, les faisant jouer leur propre rôle. Mais les hommes ont du mal à assumer leur fragilité. Une fable qui capte l’air du temps.

La fragilité des hommes, une fable qui capte l’air du temps © Dargaud, 2026
Une histoire inspirée du théâtre de rue, art qu'a pratiqué le scénariste Vincent Zabus. Un peu en mode happening, avec des gens qui ne prennent d'habitude jamais la parole, qui se cachent derrière leur silence. Ou au contraire qui ont comme masque une trop grande volubilité.

La fragilité des hommes, une histoire inspirée du théâtre de rue © Dargaud, 2026
Mais là, poussés par Fanny, une jeune femme solaire dont le théâtre est le métier, les habitants de la ville anonyme de Mouais (elle aurait aussi pu s'appeler Bof) sortent de leur coquille. Jusqu'à étonner la ville elle-même : c'est cette dernière qui prend la parole pour nous raconter l’histoire, surprise de voir que les choses de la vie soient exprimées publiquement, hors des murs des maisons qui cachent habituellement les secrets de la banalité. Sous l’impulsion de Fanny, les habitants vont réussir à prendre la parole de manière originale ou dans un lieu symbolique de leur (non) vie.

Les personnages sont des archétypes, mais ils représentent une certaine réalité © Dargaud, 2026
On peut regretter de ne pas être davantage surpris par les sujets abordés. Les femmes de l'Ehpad se livrent sans fard sur leur destin passé de femmes au foyer. Les machos de comptoir, eux, ont bien du mal à fissurer la carapace. Les personnages sont des archétypes. Mais ils représentent une certaine réalité.

Les habitants de la ville anonyme de Mouais sortent de leur coquille © Dargaud, 2026
En fait, on a l'impression d'être au théâtre, dans une pièce un peu surjouée pour être sûr de mieux faire passer l'émotion. Surtout dans les dialogues en fait. Car la mise en scène de Nicoby apporte simplicité et sobriété. Pas d'esbrouffe dans son dessin. Il sait très bien traduire graphiquement des personnages tout en retenue tel François, qui est à la fois le principal allié de Fanny dans sa démarche, mais aussi peut-être le plus introverti des habitants dont nous suivons la mue.

On a l'impression d'être au théâtre, dans une pièce un peu surjouée pour être sûr de mieux faire passer l'émotion © Dargaud, 2026
La fable est sans doute un peu convenue, mais elle peut faire du bien et amener à se poser des questions. Elle est aussi symptomatique d'une époque où de nombreuses petites bourgades un peu endormies, celles de la France dite périphérique, cherchent un second souffle. Il faut oser vivre. Et ce n'est pas si simple.