La réédition en format poche de Lino Ventura et l’oeil de verre, paru en 2019, remet à l’honneur une bande dessinée à la croisée de l’hommage cinématographique et de la biographie. À travers une interview fictive, l’ouvrage explore plusieurs facettes méconnues de la vie de Lino Ventura.
À travers l’enquête d’un journaliste venu interviewer l’acteur sur son parcours de vie, le lecteur découvre plusieurs facettes méconnues de cette immense figure du cinéma français. À l’image des personnages taciturnes qu’il incarnait souvent à l’écran, Lino Ventura était un homme pudique, peu enclin à parler de lui, de ses origines italiennes ou de sa vie familiale. Derrière sa carrure impressionnante se cachait pourtant une grande sensibilité. Arrivé en France à l’âge de huit ans avec sa mère pour rejoindre son père venu y travailler quelques temps auparavant, ils découvrent à son arrivée que celui-ci a disparu. Sa mère enchaîne alors les ménages pour subvenir à leurs besoins. Très jeune, Lino doit travailler et trouve dans le sport un véritable exutoire. Il pratique d’abord la lutte gréco-romaine avant que la guerre ne bouleverse son destin.

Le scénario d’Arnaud Le Gouëfflec choisit intelligemment la forme de l’entretien pour retracer les grandes étapes de cette existence hors du commun © Glénat, 2026
Resté italien toute sa vie, il est mobilisé par l’armée de son pays d’origine, mais déserte rapidement pour se cacher dans un village français. Après-guerre, il se tourne vers le catch professionnel, mène une carrière internationale et devient champion d’Europe. Sa vie bascule lorsqu’il est repéré par un assistant de Jacques Becker pour le film Touchez pas au grisbi. Peu attiré par le métier d’acteur, il réclame un cachet exorbitant pour décliner poliment la proposition. À sa surprise, la somme lui est accordée. Le succès sera immédiat.

La représentation de Lino Ventura est réussie : son regard, sa stature et sa présence imposante sont immédiatement reconnaissables. Le découpage dynamique renforce l’impression d’assister à un véritable film illustré © Glénat, 2026
Le scénario d’Arnaud Le Gouëfflec choisit intelligemment la forme de l’entretien pour retracer les grandes étapes de cette existence hors du commun. Ce dispositif permet de révéler un homme difficile à cerner, dont la pudeur et le caractère bien trempé compliquent sans cesse le dialogue. L’auteur mêle habilement réalité et fiction sans jamais caricaturer son personnage. Le récit avance avec fluidité, alternant souvenirs, silences et moments plus tendus. Cette réédition en poche met particulièrement en valeur l’accessibilité de l’œuvre, qui peut séduire aussi bien les amateurs de bande dessinée que les passionnés de cinéma.

La réédition en format poche de Lino Ventura et l’oeil de verre, paru en 2019, remet à l’honneur une bande dessinée à la croisée de l’hommage cinématographique et de la biographie © Glénat, 2026
Le dessin constitue également l’un des points forts de l’album. Stéphane Oiry développe un style situé entre réalisme et ligne claire, particulièrement efficace pour restituer les visages, les décors urbains et les atmosphères enfumées des polars de l’époque. Son encrage très marqué, où le noir occupe une place importante, donne une véritable densité aux scènes et accentue les contrastes. Les jeux d’ombres et de lumières évoquent parfois le noir et blanc des grands classiques du cinéma français.
La représentation de Lino Ventura est réussie : son regard, sa stature et sa présence imposante sont immédiatement reconnaissables. Le découpage dynamique renforce l’impression d’assister à un véritable film illustré. Grâce à cette qualité graphique, la BD réussit à faire revivre toute une époque avec élégance et authenticité.
Avec cette édition de poche, Lino Ventura et l’oeil de verre retrouve une nouvelle visibilité et confirme son statut d’œuvre originale, immersive et accessible, capable de toucher un large public.