Mettre son quotidien de mère en images avec humour et folie : tel est le postulat de départ de La couche est pleine.
Cette série autobiographique d’Akiko Higashimura poursuit l’exploration, avec toujours autant d’humour, du quotidien chaotique d’une mangaka mère célibataire et de son fils, le teigneux, voire invivable, Gotchan. Comme les tomes précédents, ce troisième volume se présente comme une succession d’anecdotes hilarantes où l’autrice, loin de la langue de bois et des pudeurs habituelles, n’hésite pas à dépeindre son enfant comme un « tyran » capricieux et manipulateur, tout en se montrant elle-même en proie au doute, au bord de l’implosion. C’est cette honnêteté brute et ce recul lucide sur sa propre vie qui font le sel de l’œuvre et la distinguent des récits parentaux plus lisses, aseptisés et conventionnels, qui peinent à rendre compte de la réalité crue d’une vie de mère.

Mettre son quotidien de mère en images avec humour et folie : tel est le postulat de départ de La couche est pleine © Higashimura / Shueisha, 2007
Ce tome aborde des étapes clés de la petite enfance avec, comme toujours, un regard décomplexé et rafraîchissant. On y retrouve les galères de l’apprentissage de la propreté, les négociations sans fin autour du sevrage, les crises de pleurs incessantes ou encore les terreurs nocturnes qui hantent les nuits de Gotchan. Higashimura capture ces moments de vie avec un regard unique et caustique, transformant chaque épreuve de sa vie de mère en situation hilarante.
Elle met en scène avec un réalisme tendre les tentatives de manipulation de son fils pour obtenir des autocollants pour le pot, ainsi que ses propres réactions, souvent marquées par l’impuissance, qui vont à contre-courant des discours éducatifs édulcorés et moralisateurs. Ce récit fait beaucoup de bien aux parents en les déculpabilisant et en les ramenant à leur simple statut d’humains inexpérimentés, confrontés à un apprentissage qui ne s’acquiert pas dans les manuels, mais sur le tas, dans l’urgence et la catastrophe, enchaînant les réussites et les échecs.

Ce tome aborde des étapes clés de la petite enfance avec, comme toujours, un regard décomplexé et rafraîchissant. On y retrouve les galères de l’apprentissage de la propreté, les négociations sans fin autour du sevrage, les crises de pleurs incessantes ou encore les terreurs nocturnes qui hantent les nuits de Gotchan © Higashimura / Shueisha, 2007
Le récit, pensé comme une mosaïque, s’apparente davantage à une succession de petites scènes qu’à une trame narrative linéaire. La vie de Gotchan en constitue toutefois le fil rouge. Mais c’est précisément ce qui fait son charme : on suit le quotidien d’une mère et de son enfant au jour le jour, avec ses hauts et ses bas, ses défaites du quotidien et ses petites victoires savoureuses qui résonnent comme des triomphes.
Visuellement, l’œuvre est d’une grande richesse expressive, et cette insouciance graphique sert parfaitement le flot d’anecdotes qui rythment le récit. Les expressions boudeuses de Gotchan, les postures désespérées de sa mère, les mimiques des personnages secondaires participent à l’efficacité comique et renforcent l’immersion du lecteur dans cet univers domestique où tout devient prétexte à rire, parfois jaune, souvent juste, toujours sincère.
« Un récit qui fait autant rire qu’il déculpabilise tous les parents ! »
Pour les lecteurs fidèles, ce troisième tome confirme le talent d’Akiko Higashimura pour la comédie et sa capacité à transformer le banal, le répétitif ou l’épuisant en moments marquants, piliers de notre construction en tant qu’enfants, mais aussi en tant que parents. Elle parvient à faire de l’ordinaire un terreau narratif et humoristique riche, plein d’humanité. L’autrice ne cherche jamais à idéaliser la maternité ; elle l’expose dans ses facettes les plus vraies, avec ses joies aussi légères que fugaces.

Le récit, pensé comme une mosaïque, s’apparente davantage à une succession de petites scènes qu’à une trame narrative linéaire. La vie de Gotchan en constitue toutefois le fil rouge © Higashimura / Shueisha, 2007
Derrière le rire, beaucoup de tendresse pour ce petit tyran qui grandit et pour cette mère qui apprend à lâcher prise, à accepter l’imperfection et à savourer les instants de grâce malgré le chaos permanent. Loin des représentations convenues, Higashimura offre un témoignage authentique qui résonne avec les interrogations de nombreux parents comme de nombreux futurs parents. La couche est pleine dépasse le simple divertissement pour devenir une réflexion joyeuse et désabusée sur la parentalité, la vie de l’autrice, ses absurdités et autant de bonheurs qui font finalement toute la saveur de cette aventure qu’est la parentalité.
Article publié dans ZOO Manga N°27 Septembre-Octobre 2026



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