Yôzô Ôba est beau, riche, drôle, apprécié de tous… Pourtant, il n’est pas heureux. Dans sa quête désespérée de « normalité », il s’enfonce irrémédiablement vers les ténèbres… Bouleversant.
Usamaru Furuya cherche une idée pour son prochain manga lorsqu’il tombe sur le site autobiographique d’un certain Yôzô Ôba. Trois photos illustrent le blog : l’une d’un garçon bourgeois au sourire forcé, l’autre d’un adolescent à la beauté ravageuse et, la dernière, celle d’un homme émacié, détruit… à tout juste 25 ans. Yôzô Ôba était, selon ses propres mots, « un bouffon », prêt à tout pour qu’on l’aime. Du collégien adulé, il est devenu un pseudo-activiste politique, dépensant tout son argent en alcool et en prostitution. Puis, répudié par sa famille, il a vécu aux crochets de femmes tombées sous son charme… De mangaka respecté à drogué sans-abri, il a connu les pires souffrances… Une histoire glaçante, celle de la déchéance d’un homme.

Yôzô Ôba est beau, riche, drôle, apprécié de tous… Pourtant, il n’est pas heureux. Dans sa quête désespérée de « normalité », il s’enfonce irrémédiablement vers les ténèbres… Bouleversant © Furuya Usamaru / Shinchosha - 2009
Sublime et décadence
La Déchéance d’un homme est le deuxième roman le plus vendu de tous les temps au Japon. Largement autobiographique, il a été écrit par Osamu Dazai (1909- 1948) et publié l’année du suicide de son auteur. L’œuvre a été adaptée en manga par Usamaru Furuya (Litchi Hikari Club, La Croisade des Innocents) en 2009 au Japon aux éditions Shinchôsha, puis publiée en France en 2011 chez Casterman et en 2022 chez IMHO, qui en propose aujourd’hui une réédition à 24 €. L’occasion de plonger dans le puits sans fond de la souffrance humaine.

La Déchéance d'un homme est le deuxième roman le plus vendu de tous les temps au Japon © Furuya Usamaru / Shinchosha - 2009
Usamaru Furuya reprend fidèlement les thèmes du roman : la violence faite aux enfants, l’injustice sociale, le sexe, l’addiction à la drogue, la « décadence » du Japon du début du XXe siècle, la figure de l’artiste torturé et incompris… Mais il s’autorise une fin inédite, le seul véritable écart à l’œuvre originale (là où Junji Ito avait pris plus de libertés dans son adaptation aux éditions Delcourt/Tonkam). Le maître-mot reste toutefois « le désespoir ». La Déchéance d’un homme est une tragédie qui prend aux tripes et reste longtemps gravé.

Usamaru Furuya reprend fidèlement les thèmes du roman : la violence faite aux enfants, l’injustice sociale, le sexe, l’addiction à la drogue, la « décadence » du Japon du début du XXe siècle © Furuya Usamaru / Shinchosha - 2009
3114, numéro national de prévention du suicide.



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