Le 24 juin, un 747 se pose dans le New Jersey. On place alors l’équipage et les passagers en isolement, sans leur donner la moindre explication… Il s’avère que le même avion, avec le même équipage, s’est déjà posé le 10 mars précédent…
En 2020, L’Anomalie d’Hervé Le Tellier reçoit le prix Goncourt. La critique et le public saluent unanimement ce roman protéiforme qui se joue des contraintes littéraires dans la pure tradition oulipienne. À travers ces pages, nous découvrons l’étrange cas d’un 747 qui se serait dédoublé, sans raison apparente, avant d’atterrir au même endroit, avec exactement les mêmes personnes à bord, à deux dates différentes, créant ainsi une sorte de paradoxe temporel.
S’emparant du texte, Manuele Fior dresse le portrait de ces individus qui se retrouvent face à un dilemme insoluble : à qui appartiennent désormais leur vie, leurs souvenirs, leur avenir ? Comment résoudre la situation ?

En 2020, L’Anomalie d’Hervé Le Tellier reçoit le prix Goncourt. La critique et le public saluent unanimement ce roman protéiforme qui se joue des contraintes littéraires dans la pure tradition oulipienne © Gallimard BD, 2026
Je tue il
En suivant les différents passagers, on comprend combien ce problème peut apparaître épineux, voire simplement impossible à dénouer pour certains. Ainsi, Lucie, qui avait laissé son fils chez une amie, découvre, à son retour, que son double s’est désormais séparé de son compagnon, André, mais qu’en plus elle va devoir partager la garde de son enfant… Ou encore Blake, un tueur à gages qui ne peut accepter que sa vie et ses secrets soient ainsi entre les mains d’un autre…
Chacun d’entre eux est ainsi confronté aux décisions qu’une autre version de lui-même a prises à sa place pendant ces trois mois, comme Victor, dont le double s’est suicidé après avoir écrit un livre. Celui-ci a rencontré un succès fulgurant, succès qu’il doit désormais assumer, bien qu’il n’en soit pas le véritable auteur. Ou encore David, qui découvre que son double a succombé à un cancer…

À travers ces pages, nous découvrons l’étrange cas d’un 747 qui se serait dédoublé, sans raison apparente, avant d’atterrir au même endroit, avec exactement les mêmes personnes à bord, à deux dates différentes, créant ainsi une sorte de paradoxe temporel © Gallimard BD, 2026
Si Manuele Fior met davantage l’accent sur la dimension psychologique de l’histoire, au détriment du travail stylistique du roman, c’est essentiellement parce qu’ici, la nature humaine invite à une véritable réflexion sur ce que représente, chez un individu, la conscience de son identité, de son caractère « unique ». Face à un dédoublement, les repères sont bouleversés et il en ressort un album troublant et émouvant qui fait réfléchir.
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Article publié dans ZOO Le Mag N°111 Septembre-Octobre 2026



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