Dargaud inaugure sa nouvelle collection Intermezzo avec une histoire courte qui s’intéresse au sexisme ordinaire et aux rapports de pouvoir. Un premier album intéressant, dont le format volontairement resserré constitue à la fois la force et la limite.
L’éditeur, probablement inspiré par le principe des mini-séries télévisées et désireux de proposer une réponse à l’inflation du prix des livres, mise sur des albums de petit format, limités à 32 pages et proposés au prix de 10 euros. Figures imposées, de Marzena Sowa et Cristina Bueno, inaugure cette collection.

Dargaud inaugure sa nouvelle collection Intermezzo avec une histoire courte qui s’intéresse au sexisme ordinaire et aux rapports de pouvoir © Dargaud, 2026
L’histoire se déroule dans un grand château, lors d’une soirée organisée par les champagnes Veuve Rousseau. Marilou, qui vit en colocation et peine à joindre les deux bouts en gardant des enfants, vient de rejoindre une agence d’hôtesses d’accueil. Pour sa première mission, elle fait la connaissance de plusieurs jeunes femmes qui exercent ce métier afin de financer leurs études. Le groupe sympathise rapidement avant de prendre en charge les invités. Mais derrière l’apparente convivialité de la réception, certaines sont bientôt confrontées aux avances insistantes de plusieurs salariés de la maison de champagne.
Le sujet de l’album rappelle quelque peu celui de Sybilline, chroniques d’une escort girl de Sixtine Dano, mais le traitement est ici beaucoup moins développé. Là où Dano prenait le temps d’approfondir son récit et de faire comprendre la psychologie de ses personnages, Marzena Sowa doit, avec seulement 32 pages, traiter un sujet qui aurait mérité davantage d’espace. Elle décrit les situations et les comportements, mais sans véritablement entrer dans la psychologie de ses personnages. Le lecteur comprend le propos, mais reste à distance des jeunes femmes et de ce qu’elles ressentent. C’est dommage, car le sujet offrait matière à un récit plus profond.

L’éditeur, probablement inspiré par le principe des mini-séries télévisées et désireux de proposer une réponse à l’inflation du prix des livres, mise sur des albums de petit format, limités à 32 pages et proposés au prix de 10 euros © Dargaud, 2026
Le dessin de Cristina Bueno apporte beaucoup de fraîcheur à l’ensemble et évoque par moments les illustrations des albums jeunesse. Son trait met en évidence la naïveté et la jeunesse des protagonistes. Toutefois, ce style paraît moins adapté aux scènes les plus dures de l’album, qui perdent alors une partie de leur force et prennent parfois l’allure de gentilles saynètes. Le découpage reste classique, avec trois bandes par page, et les cases semblent avoir été dessinées dans un format plus grand avant d’être adaptées au petit format de publication. Cela ne nuit toutefois pas à la lisibilité.
Figures imposées constitue donc une première expérience intéressante pour cette nouvelle collection. Mais le choix du format court montre ici ses limites : le sujet abordé est trop sérieux et complexe pour être véritablement développé en seulement 32 pages. L’album expose une situation intéressante, mais aurait gagné à prendre davantage le temps d’explorer ses personnages et leur psychologie.