Vantard et bien en chair, John Falstaff passe plus de temps dans les auberges et les bordels que sur les champs de bataille. Lorsqu’il rencontre Hal, le prince héritier de la couronne d’Angleterre, c’est une opportunité en or qui se présente à lui ! L’occasion de s’enrichir, certes, mais aussi d’entraîner la couronne dans la débauche la plus désopilante.
Si Shakespeare a surtout brillé dans les mémoires pour ses tragédies, il n’a point chômé sur l’autre versant du théâtre, à savoir la comédie. Et pour preuve, John Falstaff demeure l’un des personnages les plus populaires de son œuvre. Personnage incontournable des pièces Henry IV (première et deuxième partie) et Les Joyeuses Commères de Windsor, il incarne à merveille le gentilhomme gras, fanfaron, menteur et amateur des plaisirs de la chair. Malgré cette longue liste de défauts subsistent néanmoins deux indéniables qualités : l’esprit et l’audace. En s’emparant de ce personnage atypique, Pierre Boisserie et Goho offrent à ce personnage secondaire de théâtre le premier rôle de leur BD.

En s’emparant de ce personnage atypique, Pierre Boisserie et Goho offrent à ce personnage secondaire de théâtre le premier rôle de leur BD © Éditions Delcourt, 2026 - Boisserie, Goho, Merlet
À gouverner sans mentir…
Le scénariste de L’Or des Belges (2022) et Le Banquier du Reich (débuté en 2020) n’a pas ménagé ses efforts en termes d’écriture. Comme dans une pièce de théâtre, ça parle, ça bavarde, ça s’insulte, ça se moque… Les amateurs de dialogues savoureux et d’une belle verbe devraient apprécier les quelque 140 pages de lecture où les personnages pleins de gouaille rivalisent d’éloquence. Les historiens hausseront sans doute un ou deux sourcils, mais baste ! Le théâtre est un art de gredin et Pierre Boisserie l’a bien compris. John Falstaff est un merveilleux coquin à suivre et à lire.

John Falstaff est un merveilleux coquin à suivre et à lire © Éditions Delcourt, 2026 - Boisserie, Goho, Merlet
… On règne sans faillir
Graphiquement, Goho fait un joli travail. Dessinateur réunionnais, il s’est fait connaître par ses illustrations sur le magazine local Le Cri du Margouillat avant de travailler dans l’animation Disney des années 2000 (Hercule, Tarzan, Lilo & Stitch). L’artiste s’y connaît en mise en scène et ça se voit : très verbeuse, sa première BD ne manque clairement pas de mouvement. Les planches 125 et 126 évoquent même une adaptation du Bossu de Notre-Dame, avec leurs costumes austères, leurs lignes de fuite soignées et leurs cadrages dynamiques qui accompagnent parfaitement les scènes dialoguées. Ça se lit comme ça se regarde. Plus de détails dans les décors n’auraient cependant pas été de trop. Ce léger manque n’entame toutefois jamais le plaisir de lecture : au théâtre, l’essentiel reste les acteurs et leurs personnages.



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