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Katsuhiro Otomo, la destruction créatrice

Il aura fallu attendre l’édition 2015 pour que le festival d’Angoulême accorde enfin son Grand Prix à un auteur japonais. Par ce geste, le festival reconnaît l’influence que Katsuhiro Otomo, l’auteur d’Akira, a eue sur la bande dessinée et la culture de manière générale. Retour sur la vie, l’œuvre et l’héritage de celui que l’on réduit trop souvent à son surnom de « père d’Akira » !

À la recherche d’un style

Comme beaucoup de mangakas, Katsuhiro Otomo commence sa carrière en montant à Tokyo à l’âge de 18 ans. Il y travaille au sein du magazine Action Comics où il publiera sa première bande dessinée en 1973, Jusei, une adaptation du Mateo Falcone de Prosper Mérimée. Au cours des années soixante-dix, il publie une soixantaine d’histoires courtes dans les pages d’Action Comics où il s’essaie à de nombreux genres, entre histoires noires et essais de shôjo.

Il découvre ensuite, comme beaucoup d’auteurs de sa génération, les visuels hallucinés de l’école Métal Hurlant, Moebius en tête. L’année 1980 marque un premier tournant de sa carrière, avec la sortie de Domu. Katsuhiro Otomo y développe une histoire étonnante, urbaine et apocalyptique qui préfigure certains thèmes d’Akira. Son découpage tranche avec le style de l’époque, encore marqué par Osamu Tezuka. Il s’approche du rythme d’un film, multipliant les angles de vue et découpant l’action pour la rendre plus intense.

Tuer le père. Deux fois...

Quelques mois plus tard sort le premier chapitre d’Akira dans les pages de Young Magazine. L’influence d’Ozamu Tezuka est dépassée ! Les personnages sont moins stylisés, même s’ils restent résolument manga. Le rythme effréné de l’action révolutionne le découpage des planches en bande dessinée. Les poses dynamiques et les angles de vue impressionnent. Sa vison d’un Tokyo post-apocalyptique influencera des générations d’auteurs de science-fiction. Et en 1988, face au succès de sa série, Katsuhiro Otomo décide d’en réaliser une adaptation cinématographique....

Il dirige donc une équipe qui réalisera 160 000 dessins pour la version finale du film. Akira devient une nouvelle référence en matière d’animation : le film aura un succès énorme au Japon mais aussi en Occident. Il va déplacer les adaptations de manga des écrans de télévision, qu’ils occupaient depuis l’époque de Tezuka, vers les salles obscures. Lorsqu’il publie le dernier chapitre d’Akira en 1990, Katsuhiro Otomo est devenu l’un des maîtres de la bande dessinée au Japon. Mais la diffusion d’Akira en Europe et aux États-Unis prendra du temps. La première version française n’est publiée qu’à l’orée des années 90, plus de 10 ans après le début de sa parution originale.

Et après ?

La série participera pourtant largement à la diffusion du manga en France, avant l’arrivée de Dragon Ball. Aux États-Unis, plusieurs dessinateurs s’inspirent sans l’avouer d’Otomo pour dynamiser leurs dessins, en découpant de plus en plus les scènes d’action, sans (trop) les orner de textes narratifs. En Europe, l’influence est plus discrète. Pourtant, au cours des années 2000, les pages d’action pure, sans texte, sont de plus en plus courantes. Mais Akira laisse surtout un héritage au cinéma, auquel il devait tant à ses origines. Les enjeux des scènes d’action se font plus intenses en même temps qu’elles gagnent en panache.

Dans les années 90, Otomo continue à scénariser quelques séries et à en dessiner d’autres, notamment une histoire courte de Batman. Peu à peu, il s’oriente surtout vers le 7e art, réalisant Steamboy, une histoire de science-fiction steampunk magnifiquement animée, mais qui ne convaincra pas. Steamboy est une histoire complètement différente d’Akira, visuellement et narrativement. À l’image de la carrière d’Otomo en somme : s’il restera célèbre pour le style d’Akira, c’est avant tout un expérimentateur.

« Pour moi, la création passe par la destruction de ce qui a précédé. Il faut faire table rase du passé. C'est pour cette raison qu'il n'y aura pas d'Akira 2. »

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