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Crier de bonheur au loup

Le Peuple loup est à la fois la conclusion et l’apothéose d’une trilogie informelle du studio Cartoon Saloon sur les contes et légendes celtes. Et un chef-d’œuvre de plus pour Tomm Moore, son réalisateur.


On ne fait jamais la fine bouche face à un film d’animation traditionnel dans un présent écrasé par l’infographie. Alors si, en plus, il s’agit d’une œuvre de la maison irlandaise Cartoon Saloon, on ne peut que trépigner d’impatience devant ce nouveau festin visuel concocté par Tomm Moore et son co-réalisateur Ross Stewart. On retrouve toujours cette identité visuelle unique, ce trait robuste en tension permanente entre les angles durs et obliques, malmenant la géométrie euclidienne des environnements urbains, et la douceur accueillante des courbes qui ornementent les paysages d’une nature sauvage. Une tension qui atteint son paroxysme dans Le Peuple loup puisqu’elle est au cœur d’une impossible histoire de coexistence, une réinvention bienveillante du mythe du loup-garou.


« WOLFWALKERS »

1650, comté de Kilkenny. Lord Oliver Cromwell, en bon envahisseur anglais, entend convertir au catholicisme ces païens de Celtes et exploiter leurs ressources forestières. Il charge le chasseur Bill Goodfellowe d’exterminer les loups. Sa fille Robyn souhaiterait l’assister dans sa traque. Désobéissant à son père, Robyn s’aventure dans les bois environnants et rencontre Mebh, une « wolfwalker », petite fille en journée, qui devient une louve une fois endormie. Par erreur, cette dernière mord Robyn, et la renvoie chez elle après avoir soigné sa plaie. Mais la nuit venue, Robyn se retrouve, effrayée, dans le corps d’un loup.

Le dessin animé reprend une légende folklorique locale

Le dessin animé reprend une légende folklorique locale
© Wolfwalkers_Stills00065

NOBLES CAUSES

D’une légende folklorique locale, Le Peuple loup subjugue par l’intelligence de ses ajouts thématiques très actuels tels que les droits des animaux, la déforestation de leur habitat et les méfaits de la colonisation, et ce, sans jamais prendre de haut les plus jeunes. Surtout, le film dissimule une très jolie fable sur les origines de la peur et la manière dont elle peut être exploitée à des fins malfaisantes. Toute la maestria de cette perle du cinéma d’animation consiste à ne pas tomber dans le didactisme pataud pour se reposer au maximum sur son formalisme exquis. Pour convaincre par les sensations aériennes plutôt que par la pesanteur des discours. Un chef-d’œuvre.



Article publié dans le Mag ZOO N°83 Septembre-Octobre 2021

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