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L’insoutenable chaos de la lutte armée

Si La Mort n’existe pas excelle dans l’art de pousser l’animation traditionnelle dans ses derniers retranchements, il peine à embarquer son auditoire avec son message contestataire, la faute à un excès de symbolisme teinté de surréalisme.

« De loin, ça a l’air facile… » murmure Hélène avant que les tirs croisés ne tonnent. La jeune femme fait partie d’un commando de militants de gauche tendance révolutionnaire. L’escouade se tient en embuscade devant une immense propriété dans laquelle est domiciliée une riche et puissante vieille dame protégée par un aréopage de gardes du corps. Ses compagnons d’armes font alors parler la poudre. Seulement ce qui semblait si facile en théorie ne l’est plus du tout alors que le sang coule abondamment. Hélène reste loin, tétanisée par la peur. Cette hésitation coûte cher à ses camarades, abattus par l’expérience supérieure du combat des forces adverses. Prise de panique, Hélène bat en retraite dans la forêt touffue… jusqu’à ce que le fantôme de Manon, tombée quelques minutes plus tôt, vienne la tourmenter…

Affiche de

Affiche de "La mort n'existe pas" en salle le 1er octobre 2025 © Félix Dufour-Laperrière

Impressionnisme révolutionnaire

Dès les premières minutes, La Mort n’existe pas déploie le savoir-faire inouï de Félix Dufour-Laperrière et de son équipe canado-française dans l’animation traditionnelle. Réalisé intégralement à la main pendant quasiment une décennie, ce long-métrage subjugue par la fluidité de ses mouvements, ses choix de mise en scène aussi fous que réfléchis, sans parler de son utilisation de la couleur particulièrement innovante. L’intention se met très rapidement au service d’une narration en rupture avec les conventions classiques afin de coller au plus près de l’état émotionnel de son héroïne. De fait, La Mort n’existe pas s’envisage comme l’exploration de la propre psyché perturbée d’Hélène, tiraillée entre la force des convictions poussant à la violence et les atermoiements moraux. Mais ce désir à faire ressentir toute cette complexité de la lutte armée (et les dilemmes allant de pair) se voit très vite amoindri par un manque d’ancrage et de caractérisation de l’ensemble. Comme si l’épaisse surcouche de surréalisme hautement symbolique gainant la mèche narrative prévenait l’embrasement que La Mort n’existe pas semble réclamer.

Article publié dans le mag ZOO n°106 Septembre-Octobre 2025

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