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David Prudhomme, un artiste en mouvement

David Prudhomme est de ces artistes insaisissables qui n'aiment pas se répéter. De sa déjà riche carrière, débutée au début des années 90, l'espace Carpeaux à Courbevoie nous offre sous l'impulsion de Pierre-Marie Jamet et Christophe Vilain une exposition de morceaux choisis dans ses planches de BD et dessins originaux. Expo judicieusement nommée Le trait en mouvement.

Lors d'une journée événement organisée autour de cette exposition, David Prudhomme s'est prêté au jeu des questions-réponses pendant trois quarts d'heure, devant un public d'autant plus conquis que l'artiste dessinait tout en partageant sur sa vision de son art. Le dessin en cours était reproduit en direct sur des écrans pour en faire profiter l'auditoire.

Le geste

Tout en évoquant son album Du bruit dans le ciel, il dessine un cheval et explique la philosophie du trait. Un geste de la main qui a la grâce... ou pas. Même si c'est à la palette graphique, peu importe le médium. Mais pas les prompts, bien sûr ! On ne passe pas par le geste, quand on a recours à l'IA. Son père a des chevaux. "Je l'ai déçu à ne jamais l'aider mais je me blessais à chaque fois ! Acte manqué ?" confie l'artiste avec son humour délicat.

C'est à l'encrage que tout se passe. Pas au crayonné. Même s'ils peuvent parfois être très poussés. « J'essaie d'apprendre un mouvement par cœur. En le répétant jusqu'à ce que le dessin soit cohérent. »

Prudhomme continue à avoir envie d'explorer différentes façons de faire. Il est aussi fasciné par un dessin de Baudoin que d'Hergé.

David Prudhomme dessinant un cheval lors d'une rencontre passionnante à L'Espace Carpeaux qui lui consacre une exposition à Courbevoie

David Prudhomme dessinant un cheval lors d'une rencontre passionnante à L'Espace Carpeaux qui lui consacre une exposition à Courbevoie © ZOO le Mag - François Samson

Le Berry

Prudhomme est originaire d'un village accolé à Déols, près de Châteauroux. « Ce fut un choc culturel quand les Américains débarquèrent en 1951, pour la création d'une base de l'OTAN. Ils eurent un gros impact sur la vie de la ville jusqu'à la fermeture de la base en 1967. » Puis ce fut un temps une base française, qui finit par fermer. Ensuite la Chine arrive avec la promesse de 1000 emplois. Au final il n'y en eut que trois... Pour des Chinois.

L’artiste confie : « Dans le Berry, le ciel est beau comme des couchers de soleil africains, car on y retrouve cette notion d'horizontalité. Enfant, j’imaginais que les bosquets visibles au loin étaient habités par un ermite, ou qu'ils avaient été le théâtre d'un meurtre... » Aujourd'hui, Prudhomme dessine la vue depuis la fenêtre du TGV Paris-Bordeaux. Comment restituer ce que l'on voit, avec un premier plan qui défile très vite et un arrière-plan plus fixe ? L'auteur nous en fait la démonstration sur sa feuille de papier.

David Prudhomme dessine la vue du paysage depuis un TGV lors d'une rencontre à L'Espace Carpeaux à Courbevoie

David Prudhomme dessine la vue du paysage depuis un TGV, en expliquant comment traduire la vitesse dans les différents plans, lors d'une rencontre à L'Espace Carpeaux à Courbevoie © ZOO le Mag - François Samson

La Grèce

Parlons maintenant de son diptyque Rébétiko / Rébétissa. Ce qui frappe, sur les deux couvertures, c'est le mouvement. Des pas de danse. Pour l'artiste, c'est la limite entre tomber et ne pas tomber. Tout le sujet de l'histoire ! Ceux qui l'ont lue comprendront. Les autres, jetez-vous sur ces deux albums fascinants. Vous aurez peut-être la chance de voir l'auteur dessiner sur du Rébétiko, également : Prudhomme va faire un concert dessiné au Luxembourg. Il l'a fait à Marseille aussi, à Paris.... La diaspora grecque joue beaucoup cette musique. « J'ai fait aussi des concerts dessinés partout dans le monde : Argentine, Angleterre... »

Ce qui l'a attiré dans cette thématique peu connue en France ? « Au début, c'est la marge. Un sujet qui court dans beaucoup de mes livres. D'abord c'est la problématique qui m'a intéressé. Puis c'est la musique qui m'a attrapé. Mais je ne comprends pas les paroles ! Ce n'est même pas du grec... » La Grèce, donc, même si Prudhomme ne parle pas le grec. « Mais j'ai lu presque tout Aristophane… en français ! ».

Projet de couverture pour l'album Rébétiko par David Prudhomme

Projet de couverture pour l'album Rébétiko par David Prudhomme - Exposition Le trait en mouvement à l'Espace Carpeaux (Courbevoie)
© ZOO le Mag - François Samson

Rébétissa a été publié 15 ans après Rébétiko. Quel a été le déclic pour vouloir offrir une suite à ce qui devait être un one-shot ? « Un des personnages, Linda, était partie à la nage d’une barque. Mais je n'avais pas expliqué où elle était allée. 15 ans après, je me le suis dit et j'ai décidé de faire une suite. » En fait, cette idée a maturé 6 - 7 ans avant que l'auteur n'en fasse ce second album, Rébétissa.

Le Rébétiko est la musique des miséreux. C'est d'ailleurs un constat transversal à la musique : le Blues, le Tango sont également nés ainsi. La fin de la guerre avec la Turquie en 1922 a provoqué l'exil de 4,5 millions de personnes. Elles ont dû s'installer dans des bidonvilles en Grèce. Un foyer où la criminalité a prospéré.

Le point de départ

Pour Prudhomme, le point de départ est plus important que le point d'arrivée. Il préfère les questions que les résolutions "qui sont des trucs de scénario". Il ajoute : « Je sais que je suis un peu à part. Je vais vers des univers qui ne sont pas forcément attractifs a priori. Par exemple le Sumo. J'ai fait deux cents, trois cents dessins sur les sumos ! » Le sujet est le corps. Qu'il soit beau ou qu'il soit laid. Il est question de performance, de surpoids allié à la vitesse et à la souplesse.

la sumographie, un sujet d'intérêt de David Prudhomme

la sumographie, un sujet d'intérêt de David Prudhomme - Exposition Le trait en mouvement à l'Espace Carpeaux (Courbevoie)
© ZOO le Mag - François Samson

Prudhomme a aussi dessiné une série de hamburgers. Étonnant. Pourquoi ? « Car en Argentine j'ai chopé une gastro dans un resto à hamburgers végan. » Pourquoi pas. Et d'ajouter : « Ma femme déteste : Arrête avec tes hamburgers ! m'a-t-elle dit... »

Les hamburgers vus par David Prudhomme - Exposition à l'Espace Carpeaux à Courbevoie

Les hamburgers vus par David Prudhomme - Exposition Le trait en mouvement à l'Espace Carpeaux (Courbevoie)
© ZOO le Mag - François Samson

André Juillardest son premier maître. Prudhomme a été marqué par Les sept vies de l'épervier. C'est un auteur qui a conservé le même style toute sa carrière. « Mais moi, je suis fait comme ça. » Georges Brassens, lui, avait un univers cohérent. Prudhomme lui a consacré un album, La tour des miracles, co-créé avec Étienne Davodeau.

Quelle reprise aimerait-il faire ? Il rigole. « Si à 50 ans on t'a pas proposé une reprise, t'as raté ta vie ! » Pas un Lucky Luke. Mais un Astérix. « J'ai presque un scénario ! » confie-t-il. « Et un Tintin ! » Mais non.... Puis d'ajouter « Dans un interview pour le magazine Vécu, j'avais répondu Blueberry. » C’était il y a longtemps.

Bueberry vu par David Prudhomme - Exposition à l'Espace Carpeaux à Courbevoie

Bueberry vu par David Prudhomme - Exposition Le trait en mouvement à l'Espace Carpeaux (Courbevoie)
© ZOO le Mag - François Samson

Et demain ?

Le prochain album de Prudhomme se passe dans les Pouilles. Il s'agit de l'adaptation d'une nouvelle de Laurent Gaudé : Les oliviers du Negus qui paraîtra en septembre, chez Actes Sud BD. La composition sera aérée : 2 cases par page. Prudhomme a trois autres projets : « Un tout seul, sur une problématique d'aujourd'hui, dans un village. Une aventure façon manga à ma sauce. Tout public. Un truc autour de Jean Vilar. Et un truc avec Sylvain Prudhomme. »

En attendant, vous avez jusqu'au 27 avril 2026 pour profiter de cette exposition au pays des dessins sans frontières graphiques, à l’espace Carpeaux, 15 boulevard Aristide Briand à Courbevoie (92).

David Prudhomme en dédicace à l'Espace Carpeaux à Courbevoie

David Prudhomme en dédicace à l'Espace Carpeaux à Courbevoie © ZOO le Mag - François Samson

Exposition2026

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