35 ans après sa sortie fracassante sur les écrans français, le monument de l’animation de Katsuhiro Otomo n’a rien perdu de sa puissance visuelle et de ses thématiques salvatrices de rébellion. Explications.
Bien que sortie en 1988 au Japon, Akira, adaptation éponyme du manga culte de Katsuhiro Otomo, a mis trois ans à trouver les écrans français. Et personne ne s’attendait au choc tant esthétique que nihiliste procuré par ce film d’animation révolutionnaire à plus d’un titre. Est-il encore nécessaire de rappeler son synopsis ? On peut en douter tant l’explosion sourde inaugurale annihilant Tokyo, à l’origine d’une Troisième Guerre Mondiale, les combats nocturnes entre gangs de motards trente ans plus tard dans Neo-Tokyo, la rivalité entre Kaneda et Tetsuo, le projet gouvernemental mystérieux dénommé AKIRA sans oublier le final relevant du body-horror, ont durablement marqué l’imaginaire collectif.

Extrait de Akira © 1988 MASH ROOM / AKIRA COMMITTEE All Rights Reserved.
Encore un tour de force
Le plus étonnant est que, initialement, Otomo n’était pas très intéressé par l’idée d’adapter en anime son manga. Lancé en 1982, ce dernier était encore en cours de publication au moment du projet et Otomo peinait à tenir la cadence du rythme infernale des publications bimensuelles (d’où le récit sensiblement raccourci du film). Ce n’est que lorsqu’il obtient le contrôle total sur la production qu’il se met au travail, avec l’un des budgets les plus conséquents jamais confiés à un anime.

Extrait de Akira © 1988 MASH ROOM / AKIRA COMMITTEE All Rights Reserved.
Perfectionniste obsessionnel derrière sa planche à dessin, Otomo l’était tout autant au poste de réalisateur : les voix étaient enregistrées en amont pour assurer une synchronisation labiale parfaite (une première) et près de 160 000 celluloïds furent réalisés pour un résultat d’une fluidité incroyable. Le tout est au service d’une fable cyberpunk dont les thématiques fortes, telles que l’aliénation de la jeunesse ou la corruption par les puissances de l’argent, sont plus actuelles que jamais.
Surtout, l’influence d’Akira est aujourd’hui partout dans la pop culture, d’un clip de Kanye West à Matrix en passant par Stranger Things. Alors, célébrons à nouveau ce monument cinématographique de bientôt 40 ans dans sa restauration 4K, dont la jeunesse demeure insolente.

Affiche de la restauration 4K du film Akira (2026), au cinéma le 9 septembre
Article publié dans ZOO Manga N°27 Septembre-Octobre 2026
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