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Alberto Breccia, le génie noir et blanc de la bande dessinée

À l’occasion du festival Quai des Bulles, une rétrospective consacrée au dessinateur argentin Alberto Breccia mettait en lumière cinquante planches originales d’un artiste visionnaire. Ombres expressionnistes, expérimentations graphiques et engagement politique : une œuvre puissante qui a durablement marqué le neuvième art.

Alberto Breccia - Le maître argentin

Exposition Alberto Breccia à Quai des Bulles © Perramus, Alberto Breccia et Juan Sasturain / Futuropolis, 2020

Présentée au Palais du Grand Large, face à la mer, l’exposition consacrée à Alberto Breccia réunissait cinquante planches originales issues de plusieurs de ses œuvres majeures, parmi lesquelles Mort Cinder, Perramus, L’Éternaute et Dracula. Autant de portes d’entrée dans un univers singulier, où le fantastique côtoie l’histoire, où l’angoisse se mêle à la satire politique et où chaque image dégage une force particulière.

L'Éternaute

Dans L’Éternaute, le dessin d'Alberto Breccia contribue à transformer la science-fiction en une réflexion profonde sur la société, le pouvoir et le destin collectif © Alberto Breccia et Héctor Germán Oesterheld / L'Éternaute, 1969

Avec Mort Cinder, réalisé sur un scénario d’Héctor Germán Oesterheld, Breccia compose des atmosphères inquiétantes, façonnées par les ombres, les contrastes et une utilisation saisissante du noir. Dans L’Éternaute, autre collaboration avec Oesterheld, son dessin contribue à transformer la science-fiction en une réflexion profonde sur la société, le pouvoir et le destin collectif. Avec Perramus, écrit par Juan Sasturain, il met son inventivité graphique au service d’une satire des dictatures sud-américaines. Chez Breccia, l’expérimentation formelle n’est jamais gratuite : elle nourrit le récit, intensifie l’émotion et confère à la bande dessinée une dimension à la fois politique et profondément humaine.

Mort Cinder

Breccia compose des atmosphères inquiétantes, façonnées par les ombres, les contrastes et une utilisation saisissante du noir © Alberto Breccia et Héctor Germán Oesterheld / Mort Cinder, 1962

Le parcours de l’exposition permettait ainsi de mesurer l’évolution d’un artiste qui n’a cessé de se remettre en question, refusant de se répéter pour mieux réinventer son langage graphique au fil des projets. Sous son pinceau, l’image ne se contente plus de raconter : elle suggère, dérange, interpelle. Parfois, quelques taches d’encre, un jeu d’ombres et une silhouette suffisent à faire naître une présence plus saisissante qu’un dessin minutieusement détaillé.

C’est aussi toute la modernité de Breccia que cette rétrospective mettait en lumière. Bien avant que les expérimentations graphiques ne s’imposent dans le roman graphique contemporain, il explorait déjà les frontières du neuvième art, brouillant les limites entre illustration, peinture et abstraction. Son œuvre, d’une liberté rare, continue d’inspirer de nombreux dessinateurs, séduits par son audace et son refus des conventions.

Outre les planches originales, présentées en noir et blanc pour les premières périodes de sa carrière, puis en couleur, l’exposition proposait également un documentaire dans lequel Alberto Breccia revenait sur son travail et présentait le contexte de plusieurs de ses œuvres. Il y livrait notamment une anecdote révélatrice de sa démarche : dès lors qu’un scénariste commençait à adapter son écriture à son style graphique, il choisissait de changer de manière. Une façon d’échapper à toute forme de confort, de poursuivre sans relâche sa quête artistique et d’explorer de nouveaux territoires. Chez lui, la création était avant tout une recherche permanente, un mouvement vers l’inconnu.

À Saint-Malo, dans le cadre du festival Quai des Bulles, cette exposition ne se limitait donc pas à rendre hommage à un maître disparu. Elle invitait à découvrir un artiste pour qui la bande dessinée constituait un formidable champ d’expérimentation, un espace de liberté où chaque page pouvait devenir une invention. Face aux originaux, le visiteur ne découvre pas une signature figée, mais une œuvre en perpétuelle transformation, qui continue de surprendre, de questionner et de renouveler notre regard sur les images.

Hansel et Gretel

Adaptation en bande dessinée du célèbre conte, faisant partie des relectures sombres et expressionnistes des contes des frères Grimm© Alberto Breccia et Carlos Trillo / Hansel et Gretel, 1979

Un hommage pleinement mérité à ce monstre sacré du neuvième art, rendu possible grâce aux planches prêtées par le musée de la Bande dessinée d’Angoulême. Et quel plaisir de voir le public, nombreux, s’arrêter devant ces originaux, prendre le temps de les observer et découvrir, parfois pour la première fois, l’immense talent d’Alberto Breccia. Une belle manière de mesurer combien son œuvre, loin d’appartenir au passé, demeure vivante et résolument contemporaine.

Alberto Breccia — Palais du Grand Large, Saint-Malo. Du 9 au 11 octobre 2026, dans le cadre du festival Quai des Bulles.

Festival

QuaiDesBulles

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