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Tous en selle avec Pierre-Henry Gomont

Après le Portugal, l’Afrique équatoriale et la Russie, Pierre-Henry Gomont met le cap sur l’Italie, au cœur d’une Sienne qui vibre à l’appel du Palio. Alors, prêt à lâcher les chevaux ?

Peux-tu nous décrire l’importance du cadre dans ce roman graphique ?

Pierre-Henry Gomont : Ça vient d’un truc tout bête qui est que je dessine beaucoup d’après nature.

Quand je voyage, j’aime dessiner. Souvent, je pars en voyage dans ce but précis. Il y a quelques années, je lisais un historien de l’art qui s’appelait Daniel Arasse, un spécialiste de la Renaissance. Il disait que la plus belle ville d’Italie, ce n’était ni Rome ni Florence mais Sienne. De façon un peu candide, je suis donc parti à Sienne en me disant que j’allais représenter la plus belle cité italienne ! J’ai alors découvert l’existence du Palio, ces courses de chevaux si particulières. J’ai eu un très grand plaisir à illustrer tout ceci et comme souvent dans ces moments-là, j’ai commencé à imaginer un scénario.

Montefiore

Après le Portugal, l’Afrique équatoriale et la Russie, Pierre-Henry Gomont met le cap sur l’Italie, au cœur d’une Sienne qui vibre à l’appel du Palio. Alors, prêt à lâcher les chevaux ? © 2026 GOMONT - DARGAUD BENELUX (Dargaud-Lombard s.a.)

En réalité, partir dessiner en Italie est quelque chose que j'ai souvent fait : en Toscane donc, etégalement en Sicile, à Rome… La ville de Montefiore est une synthèse de plusieurs lieux. J’y ai concentré tout ce que j’ai aimé, tout ce que j’ai trouvé beau, sans me soucier du réalisme. Je considère que la BD tient sa force de l’évocation par le dessin. Je ne recherche pas l’exactitude sinon je me serais tourné vers la photographie. J’ai déjà eu cette approche pour l’Afrique équatoriale dans Malaterre. Voilà comment est né mon projet. Le cadre y est, en effet, primordial.

Couverture de Montefiore, par Pierre-Henry Gomont

Couverture de Montefiore, par Pierre-Henry Gomont

Le livre regorge de chevaux et les personnages ont un peu des attitudes de cow-boys…

P.-H. G. : C’est en effet la volonté de dessiner des chevaux qui m’a motivé. C’est lié à mon enfance. Entre mes 10 et mes 14 ans, je n’ai vraiment représenté que ça. Ça vient aussi de ma grand-mère. Elle avait été formée aux Beaux-Arts et elle dessinait beaucoup de chevaux. Petit, son talent me fascinait complètement et ça a beaucoup conditionné mon rapport au dessin.

Le milieu équestre est aussi une histoire de famille. Mon grand-père montait à cheval. Mon père était propriétaire et mon frère, aujourd’hui, est cavalier professionnel. Le cheval fait donc partie de ma propre histoire, et comme c’est un livre qui parle de famille, ça ne me paraissait pas absurde de mêler les deux.

Montefiore

Extrait de Montefiore © 2026 GOMONT - DARGAUD BENELUX (Dargaud-Lombard s.a.)

Enfin, dessiner des chevaux me permet aussi de mettre en relief, une fois de plus, mon amour de la représentation du mouvement. Je voulais montrer des galops, rendre compte de la notion de vitesse, mais d’une vitesse à hauteur d’enfant.

Je ne me reconnais pas forcément dans l’imaginaire du western, même si j’en apprécie certains aspects. Il y a cette figure du cavalier, quelqu’un d’un peu grande gueule. J’aime bien ça parce que ça donne des personnages qui ont du panache.

Quelles ont été tes références graphiques pour dessiner les chevaux ? On pense forcément à Jijé ou Giraud

P.-H. G. : Non, justement parce que c’est du western et que ce ne sont pas les mêmes types d’animaux. À Sienne, les chevaux qui courent sont très spécifiques. Ils sont fins et rapides et n’ont pas grand-chose à voir avec ceux, massifs et robustes, que l’on retrouve dans le western.

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"Dessiner des chevaux me permet de mettre en relief, une fois de plus, mon amour de la représentation du mouvement. Je voulais montrer des galops, rendre compte de la notion de vitesse, mais d’une vitesse à hauteur d’enfant." © 2026 GOMONT - DARGAUD BENELUX (Dargaud-Lombard s.a.)

Comme source d’inspiration, j’ai regardé beaucoup de vidéos, notamment des résumés de Palio. Je ne fais pas usage de photos, ou très peu, parce que je trouve que ça fige le mouvement. J’essaie plutôt de regarder des films et de retranscrire le mouvement en dessins tel que je m’en souviens.

Après Malaterre, tu traites de nouveau de la cellule familiale et de l’enfance.

P.-H. G. : Ce sont des livres radicalement différents, Malaterre et Montefiore, les deux faces d’une même pièce ! Quand le premier est plutôt tourné vers le passé, le second, lui, est tourné vers le présent, voire vers le futur parce qu’on s’interroge sur l’avenir des enfants. Moi-même, en tant que père, c’est ce qui m’intéresse. Les flash-back sont présents pour montrer la surprise et le bonheur qu’il y a de voir ses propres enfants évoluer. Mais je voulais aussi l’aborder dans l’autre sens, le rapport des enfants au groupe familial : non seulement ce qu’on subit de la part de la famille, mais surtout ce que la famille nous fait faire et la culpabilité qu’elle engendre. J’aborde aussi la rébellion des enfants par rapport à ce cadre, notamment lors de la scène de la vente des chevaux. C’est un aspect que je n’avais pas évoqué dans Malaterre.

Montefiore

"De façon un peu candide, je suis parti à Sienne en me disant que j’allais représenter la plus belle cité italienne ! J’ai alors découvert l’existence du Palio, ces courses de chevaux si particulières. J’ai eu un très grand plaisir à illustrer tout ceci et comme souvent dans ces moments-là, j’ai commencé à imaginer un scénario." © 2026 GOMONT - DARGAUD BENELUX (Dargaud-Lombard s.a.)

J’ai voulu aussi interroger l’évolution de la famille. Au début, c’est toujours merveilleux. Puis, avec le temps, les choses se figent et les tensions apparaissent. Je crois que c’est le lot de tous les parents qui ont la chance d’avoir une famille qui se porte bien : vouloir conserver cet équilibre initial, tout en risquant de le dénaturer. Il y a peut-être, dans cet album, une façon pour moi de conjurer le mauvais sort en épousant le point de vue des adolescents. On est avec eux, dans un moment de célébration des corps et de la jeunesse. On les voit souvent en maillot de bain, tout est encore très spontané. Ce sont des moments éphémères que je trouve précieux. J’avais envie de les fixer dans mon livre.

« Le cartouche ne peut pas être quelque chose qui raconte la vérité. »


Au niveau de la forme, tu continues d’utiliser les cartouches de manière non conventionnelle.

P.-H. G. : Le cartouche ne peut pas être quelque chose qui raconte la vérité.

Il doit donner un point de vue qui dialogue avec le reste, exactement à la même hauteur. Dans mon cas, il va être utilisé pour être en contradiction avec ce qui se passe dans l’image ou avec ce qui est dit dans le dialogue. Mais entre le dialogue, l’image et le cartouche, aucun ne prend le dessus, aucun n’édicte la vérité. C’est toujours au lecteur d’essayer de comprendre où se niche cette dernière. On ne peut pas retrouver cette mécanique dans un roman. La narration y est abordée uniquement par l’angle des mots : soit par des dialogues, soit par du récit. Je trouve que c’est une richesse très spécifique de la bande dessinée cette triple représentation dessin/dialogue/récit. On s’interroge sur ce qui se passe vraiment parce que parfois le graphisme peut être mal interprété. La voix off peut nous aider à mieux comprendre. Il y a donc toujours un usage très ironique qui vient questionner ce qui se passe dans la case.

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Extrait de planche de Montefiore © 2026 GOMONT - DARGAUD BENELUX (Dargaud-Lombard s.a.)

Toutefois, cette fois-ci, j’en ai utilisé moins et d’une certaine manière peut-être plus au premier degré compte tenu du sujet. Angelo et Andrea, les deux protagonistes, ne sont pas mes enfants. Mais j’ai deux garçons qui ont grosso modo le même âge. Forcément, je parle de ma relation avec eux dans ce livre et j’ai eu du mal à être ironique là-dessus. Je n’avais pas envie de trop tourner les choses en dérision car je ne voulais pas que le lecteur puisse se moquer !

Montefiore

"On s’interroge sur ce qui se passe vraiment parce que parfois le graphisme peut être mal interprété. La voix off peut nous aider à mieux comprendre. Il y a donc toujours un usage très ironique qui vient questionner ce qui se passe dans la case." © 2026 GOMONT - DARGAUD BENELUX (Dargaud-Lombard s.a.)

Merci Pierre Henry !

Article publié dans ZOO Le Mag N°111 Septembre-Octobre 2026



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