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Jean-Luc Istin, l'architecte du Monde d'Aquilon

Les bibliothèques débordent. Les statuettes se disputent la place avec les albums. Et lorsque Jean-Luc Istin confie, en souriant, qu'il ne conserve plus qu'un exemplaire de chacun de ses livres faute de place, l'image résume à elle seule l'ampleur du chemin parcouru.

En un peu plus de dix ans, Jean-Luc Istin a contribué à faire du Monde d'Aquilon l'un des plus vastes univers partagés de la bande dessinée franco-belge. Derrière les succès d'Elfes, Nains, Orcs & Gobelins, Mages, Terres d’Ogon et Terres d’Ynuma, ou plus récemment les Guerres d’Arran, se cache un véritable travail d'architecte : imaginer un monde cohérent, coordonner des dizaines d'auteurs et de dessinateurs, tout en laissant à chacun la liberté d'y apporter sa propre vision. De la naissance d'Elfes aux coulisses de cette gigantesque mécanique éditoriale, Jean-Luc Istin revient pour ZOO sur treize années de création, de défis… et d'imaginaire.

Photo de Jean-Luc Istin

Photo de Jean-Luc Istin © Chloé Vollmer-Lo

La naissance d’un univers

Si Le Monde d'Aquilon est devenu l'un des plus vastes univers partagés de la bande dessinée franco-belge, rien n'était écrit d'avance. Lorsque Elfes paraît en 2013, l'ambition est déjà de faire dialoguer plusieurs peuples dans un même univers, chacun porté par des équipes créatives différentes. Mais Jean-Luc Istin reconnaît qu'à cette époque, il ne mesure pas encore jusqu'où cette aventure pourra aller. « L'idée de départ était déjà de créer un univers commun, avec plusieurs auteurs, une même carte et plusieurs peuples qui évoluent en parallèle. On était déjà dans cette logique de monde partagé. Mais le vrai déclic est arrivé quand Guy Delcourt nous a dit que nous avions les coudées franches. Là, on s'est regardés et on s'est dit : "C'est bon, on peut y aller." »

Quelques mois seulement après le lancement de Elfes, les premières discussions s'engagent autour de nouvelles séries. Les Nains sont rapidement privilégiés, bientôt rejoints par Orcs & Gobelins, puis Mages. À chaque nouvelle collection, une pièce supplémentaire vient enrichir le même échiquier narratif.

Les lecteurs eux-mêmes participent progressivement à l'évolution de cet univers. « Très vite, une véritable communauté de fans s'est constituée. Ils nous disaient ce qu'ils avaient envie de découvrir. Par exemple, ils voulaient que l'on développe davantage les orcs et les gobelins. C'est comme ça qu'est née cette série. On s'est dit qu'au lieu de faire deux collections séparées, on raconterait leurs histoires dans une même série. »

Photo de la bibliothèque de Jean-Luc Istin

Photo de la bibliothèque de Jean-Luc Istin

Dès lors, le projet dépasse largement le cadre d'une simple succession d'albums. Treize ans plus tard, le nom lui-même a changé. On ne parle plus seulement des Elfes, des Nains ou des Mages. On parle désormais du Monde d'Aquilon.

Construire un monde… sans jamais perdre sa cohérence

Créer un univers est une chose. Le faire vivre pendant plus d'une décennie, à travers 125 albums réalisés par plusieurs dizaines d'auteurs et de dessinateurs, en est une autre. Comment éviter les contradictions ? Comment s'assurer qu'un personnage garde le même visage, qu'une cité conserve son histoire ou qu'une bataille racontée dans une série ne vienne pas contredire une autre publiée plusieurs années plus tard ?

Derrière la liberté apparente du Monde d'Aquilon se cache une mécanique d'une précision étonnante. Au cœur, se trouve une véritable Bible, un document de plus de 700 pages qui rassemble toute la mémoire de l'univers. « On y trouve les lieux, la géographie, les races, tous les personnages classés par ordre alphabétique, les créatures, les montures, les objets importants, les métiers, la magie, les religions, l'histoire du monde, les rapports de force… C'est vraiment la mémoire du Monde d'Aquilon. »

Loin d'être un simple guide destiné aux auteurs, cette Bible constitue le socle sur lequel repose l'ensemble de l'univers. Son histoire est d'ailleurs assez singulière. À l'origine, son principal artisan n'était pas un scénariste professionnel, mais un lecteur passionné. « David Courtois était d'abord un fan. Il a commencé à travailler avec Nicolas Jarry comme script doctor sur la série Nains, puis il est progressivement entré dans l'équipe. Moi, je faisais énormément d'erreurs de continuité. David, lui, est extrêmement rigoureux. Il s’est imposé de fait comme gardien de la Bible »

David Courtois reçoit les synopsis, suit les échanges entre les auteurs et l'éditeur, vérifie les nouvelles propositions et signale la moindre incohérence susceptible de fragiliser l'ensemble. « Il est en copie de tout ce qui concerne le Monde d'Aquilon. Il peut intervenir à n'importe quel moment pour dire : "Attention, cette idée entre en contradiction avec un autre album qui est déjà en préparation." »

Photo de la bibliothèque de Jean-Luc Istin

Photo de la bibliothèque de Jean-Luc Istin

Les scénaristes vivent aux quatre coins de la France — et parfois bien au-delà — et développent leurs récits en parallèle. Ce rôle de vigie est devenu indispensable : « Parfois, il me met des bâtons dans les roues ! Il me dit : “Ce que tu écris ne cadre pas avec un autre album.” Et il a raison. Il est au taquet. »

Au fil des années, cette organisation est devenue bien plus qu'un simple outil de vérification. Elle permet d'envisager des récits où des personnages créés dix ans plus tôt peuvent réapparaître dans une autre série, dessinés par un nouvel artiste, tout en restant immédiatement reconnaissables. C'est précisément cette continuité qui donne au Monde d'Aquilon l'impression d'être un véritable monde vivant plutôt qu'une juxtaposition de séries indépendantes.

Chef d'orchestre d'une œuvre collective

À mesure que Le Monde d'Aquilon grandit, une autre difficulté apparaît. Comment conserver une identité forte lorsque plusieurs dizaines de scénaristes, dessinateurs, coloristes et illustrateurs interviennent sur un même univers ?

Jean-Luc Istin parle d'abord de confiance : « Les auteurs savent pourquoi ils viennent dans le Monde d'Aquilon. C'est un peu comme lorsqu'un auteur rejoint Marvel. Il sait qu'il entre dans un univers qui possède déjà ses propres règles. »

extrait de Terres d'Ynuma, T.3

Extrait de Terres d'Ynuma, T.3 © Soleil, 2026

Avant même qu'un dessinateur ne commence un album, toute une documentation lui est transmise. « Chaque auteur reçoit tout ce dont il a besoin. Ensuite, il réinterprète les personnages avec son propre style. Le but n'est pas de copier le dessin précédent, mais que le lecteur reconnaisse immédiatement le personnage. »

Pour Jean-Luc, cette capacité d'adaptation constitue même l'une des principales qualités recherchées chez un artiste. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont d'ailleurs pas forcément les jeunes auteurs qui rencontrent le plus de difficultés. « Un dessinateur qui réussit dans une série comme celle-ci est surtout quelqu'un qui accepte de se remettre en question. Plus on avance dans une carrière, plus on peut avoir tendance à penser qu'on n'a plus rien à prouver. Or ici, il faut accepter de travailler en équipe. »

Avant d'intégrer un nouveau dessinateur, des pages tests sont systématiquement réalisées. Elles permettent de vérifier que le courant passe, autant artistiquement qu'humainement : « Si un dessinateur commence déjà à souffrir sur les pages tests, on sait que cela deviendra compliqué pendant tout un album. Il vaut mieux s'en rendre compte tout de suite. »

Extrait de Terres d'Ogon, T.8

Extrait de Terres d'Ogon, T.8 © Soleil, 2026

Et après plus d'une décennie de collaboration, Jean-Luc Istin dit être émerveillé par le travail de son équipe. Tout d’abord Nicolas Jarry : « C'est celui qui me touche le plus émotionnellement. Il a une capacité incroyable à faire vivre ses personnages. Plus d'un de ses albums m'a arraché des larmes. J'aimerais être capable d'aller chercher cette émotion avec autant de facilité. »

Même admiration lorsqu'il parle des dessinateurs. Kyko Duarte est, selon lui, capable de dessiner pratiquement tous les personnages du Monde d'Aquilon sans consulter la moindre référence. « Il connaît les personnages par cœur. Les siens, bien sûr, mais aussi ceux créés par les autres. Vous lui demandez n'importe quel personnage en dédicace, il le dessine immédiatement. C'est bluffant. De mon point de vue, c’est mon alter ego au niveau graphique. Mon jumeau artistique. Si je voulais être à nouveau dessinateur, je voudrais être Kyko Duarte. »

Giovanni Lorusso impressionne tout autant par sa faculté à s'approprier des héros imaginés par d'autres auteurs, tout en respectant leur identité graphique.

Extrait de Guerres d'Arran, T.7

Extrait de Guerres d'Arran, T.7 © Soleil, 2026

Quant à Sébastien Grenier, Jean-Luc Istin salue autant son talent de dessinateur que son sens de la mise en scène. « Quand je lui confie un scénario, je sais qu'il va lui apporter énormément. Il comprend immédiatement le rythme, l'émotion, le découpage. C'est un metteur en scène autant qu'un dessinateur. Et avec Terres d’Ynuma, il est devenu créateur d’univers. »

Le Monde d'Aquilon repose ainsi sur une équipe, où chacun apporte sa sensibilité, son regard et son savoir-faire, tout en acceptant de servir une œuvre plus vaste que son propre album, et son propre ego.

Le succès ne doit rien au hasard

Le succès du Monde d'Aquilon ne doit rien au hasard. Pour Jean-Luc Istin, il est avant tout le fruit de choix éditoriaux assumés dès les débuts de la série. « Quand nous avons lancé Elfes, tout le monde nous disait qu'il ne fallait plus faire de fantasy. Les éditeurs expliquaient que le genre était terminé, que cela ne fonctionnait plus. Nous, on est arrivés exactement à ce moment-là. »

Ce paradoxe joue en faveur de l'équipe. Alors que les grandes séries de fantasy se font plus rares, Elfes occupe soudain un espace laissé vacant. Mais Jean-Luc est convaincu qu'un autre choix a été encore plus déterminant : « Nous avons annoncé cinq tomes dès le départ, avec une sortie tous les trois mois. Le premier arrivait en mars, puis le deuxième trois mois plus tard, puis le troisième… Cela a rassuré tout le monde : les libraires comme les lecteurs. »

Extrait de Guerres d'Arran, T.7

Extrait de Guerres d'Arran, T.7 © Soleil, 2026

À cette époque, de nombreux lecteurs de fantasy restent marqués par une réalité du marché. Chez les éditions Soleil, alors dirigé par Mourad Boudjellal, plusieurs séries étaient interrompues après un ou deux volumes lorsque les ventes n'étaient pas jugées suffisantes. Cette politique éditoriale entretenait une certaine méfiance des lecteurs, qui hésitaient à s'investir dans de nouveaux univers de peur de ne jamais en connaître la conclusion.

Annoncer dès le départ un cycle construit sur plusieurs albums constitue donc un signal fort. L'arrivée de Guy Delcourt à la tête des éditions Soleil accompagne cette nouvelle ambition éditoriale et donne au projet une visibilité qui rassurent autant les libraires que les lecteurs. Le lecteur peut s'engager dans l'aventure sans craindre de rester sans conclusion !

Extrait de Guerres d'Arran, T.7

Extrait de Guerres d'Arran, T.7 © Soleil, 2026

Cette réflexion s'étend également à la manière de présenter les ouvrages. « Je voulais que chaque couverture mette immédiatement son héros en avant. Avec plusieurs albums qui sortaient presque en même temps, il fallait que le lecteur comprenne en un coup d'œil que chaque tome racontait l'histoire d'un personnage différent, tout en appartenant au même univers. » Ces couvertures deviennent rapidement l'une des signatures visuelles de la série.

Très tôt, l’équipe cherche également convaincre un autre public. « Nous avons décidé de nous adresser aux joueurs de jeux de rôle. Nous avons communiqué dans leurs magazines, sur leurs sites, en mettant notamment la carte du monde en avant. Pour eux, une carte raconte déjà une aventure. »

L'idée est simple. Les amateurs de jeux de rôle partagent déjà les codes de la fantasy : exploration, peuples, géographie, mythologie, quêtes. Ils constituent donc un lectorat naturel pour un univers comme Le Monde d'Aquilon.

Au-delà de la fantasy, raconter l'humain

Pendant longtemps, les elfes, les nains, les orcs ou les dragons ont été considérés comme de simples figures d'évasion. Pour Jean-Luc Istin, ils sont avant tout des outils narratifs pour aborder des sujets profondément humains. Lorsqu'on lui demande quels grands messages il cherche à transmettre à travers Le Monde d'Aquilon, il répond d’abord avec humour : « Je passe sans arrêt d'un univers à l'autre. Alors parfois, j'oublie ce que j’ai moi-même écrit ! »

Extrait de Terres d'Ynuma, T.4, à paraître le 10 septembre

Extrait de Terres d'Ynuma, T.4, à paraître le 10 septembre © Soleil, 2026

Puis les thèmes émergent naturellement : la transmission, la famille, l'apprentissage, le poids de l'héritage ou encore le rapport au pouvoir. Autant de questions qui traversent les albums sans jamais être imposées au lecteur. « À la base, notre objectif est d'abord de raconter une bonne histoire. Nous ne nous disons pas : "Nous allons faire passer un grand message." En revanche, à travers les personnages, leurs parcours et leurs choix, ces thèmes apparaissent naturellement. »

Dans Nains, par exemple, les relations entre les générations occupent une place essentielle. Les erreurs d'un père façonnent souvent le destin de son fils. Les rivalités familiales deviennent des conflits politiques. Les choix individuels finissent par peser sur tout un peuple. Ailleurs, d'autres récits explorent davantage les parcours initiatiques. Le maître qui transmet. L'élève qui dépasse son maître. Le héros confronté à ses propres limites. « Nous aimons beaucoup développer cette dimension initiatique. C'est souvent à travers elle que peuvent émerger des réflexions plus profondes. »

Terres d'Ynuma, T.4

Extrait de Terres d'Ynuma, T.4 © Soleil, 2026

Plus l'univers s'étend, plus ces thématiques se diversifient. Certaines séries restent des récits d'aventure très directs. D'autres prennent le temps d'interroger des notions beaucoup plus spirituelles. Jean-Luc évoque notamment un futur Terres d’Ynuma avec Jung au dessin qui retrace la vie d’une elfe immortelle traversant les siècles à la recherche de la réincarnation de l'homme qu'elle a aimé. Une histoire où la fantasy rejoint peu à peu des questionnements proches du bouddhisme. « On retrouve l'idée de la réincarnation, du détachement, de la manière dont une même âme peut évoluer au fil des siècles. Là, oui, on touche presque à la philosophie ou à la religion. »

Jean-Luc Istin cite volontiers Game of Thrones parmi les œuvres qui ont marqué le genre, notamment par leur manière d'aborder les filiations, les rapports de pouvoir ou les conséquences des décisions individuelles. Mais Le Monde d'Aquilon suit son propre chemin. Chaque peuple, chaque série, chaque personnage apporte sa propre sensibilité. Il n'existe pas un grand discours unique. Il existe une multitude d'histoires qui, mises bout à bout, dessinent progressivement une vision du monde. C'est sans doute aussi ce qui explique la longévité de cet univers.

« La seule limite, c'est le lecteur »

Treize ans après la parution du premier tome d'Elfes, Le Monde d'Aquilon continue de grandir, en explorant sans cesse de nouveaux territoires, de nouveaux personnages et de nouvelles façons de raconter ce même univers.

« Nous ne nous demandons pas combien de temps cela peut durer. Nous nous demandons simplement quelles sont les bonnes histoires qu'il reste à raconter. » C'est cette philosophie qui guide encore aujourd'hui l'évolution de la saga. Après avoir exploré les grands peuples fondateurs avec Elfes, Nains, Orcs & Gobelins ou Mages, les auteurs ouvrent une nouvelle porte. Ils s’intéressent à des personnages secondaires, revisitent certains événements sous un autre angle ou parcourent des régions du monde restées jusqu'ici dans l'ombre. « L'univers est suffisamment vaste pour que nous puissions raconter des histoires très différentes. Certaines seront épiques, d'autres beaucoup plus intimistes. C'est cette diversité qui nous intéresse. »

Terres d'Ynuma, T.4

Extrait de Terres d'Ynuma, T.4 © Soleil, 2026

Mais l'envie de créer ne s'arrête pas aux frontières d'Aquilon.

En parallèle, Jean-Luc Istin développe plusieurs projets qui témoignent d'une même fascination pour les univers riches et structurés. Avec Neosaka, prévu pour 2028, il s'aventure dans une science-fiction nourrie d'influences japonaises, de cyberpunk et de thriller. À l'opposé de la fantasy médiévale, cet univers lui offre un nouveau terrain d'exploration tout en conservant ce qui le passionne le plus : inventer les règles d'un monde avant d'y faire évoluer ses personnages.

Il prépare également Les Pirates du MacLir, une grande série d'aventure maritime, dans le même univers que la série Le sang du dragon qu’il a développé avec Guy Michel et Stéphane Crety, où les récits de voyage, les équipages et les batailles navales remplacent les forteresses naines et les royaumes elfiques. Sans oublier un ambitieux projet de space opera, encore en développement, qui répond à la même ambition : construire un univers capable d'accueillir de nombreuses histoires. « J'aime construire des univers. C'est sans doute ce qui me passionne le plus. Une fois que les fondations sont posées, j'aime voir les personnages vivre, évoluer… et parfois laisser d'autres auteurs s'en emparer pour raconter leurs propres histoires. »

Terres d'Ynuma, T.4

Extrait de Terres d'Ynuma, T.4 © Soleil, 2026

Plus qu'un scénariste, Jean-Luc Istin se définit aujourd'hui comme un bâtisseur de mondes, imaginer des univers suffisamment vastes pour continuer à vivre, à se transformer et à surprendre leurs lecteurs.

À l'heure où de nombreuses séries s'essoufflent après quelques cycles, Le Monde d'Aquilon semble suivre une trajectoire différente. Non pas parce qu'il chercherait à durer à tout prix, mais parce qu'il a été pensé, dès son origine, comme un univers ouvert, capable d'accueillir de nouveaux auteurs, de nouveaux personnages et de nouveaux récits. Existe-t-il une limite à cette expansion ?

« La seule limite, finalement, c'est le lecteur. Tant qu'il aura envie de découvrir de nouvelles histoires, le monde continuera de vivre. » répond Jean-Luc en souriant.

Planches commentées


PLANCHE 1 — Guerre d'Arran T.8

Guerres d'Arran, T.8 page

Extrait de Guerres d'Arran, T.8 - Centre et couronnes, à paraître le 24 septembre © Soleil, 2026

« J'aime jouer avec les personnages créés par les autres auteurs. C'est même l'une des grandes particularités de Guerre d'Arran. » Belkiane, imaginée à l'origine par Sylvain Cordurié dans la série Mages, retrouve ici un rôle central au sein d'un récit collectif. À ses côtés évoluent d'autres personnages issus de séries différentes, qui se croisent naturellement au sein d'un même événement. C'est précisément cette circulation permanente des héros qui donne au Monde d'Aquilon sa profondeur.

Pour Jean-Luc Istin, cette planche symbolise la maturité de l'univers : les personnages n'appartiennent plus uniquement à leur créateur, ils deviennent les habitants d'un monde commun où chacun peut enrichir l'histoire imaginée par les autres.

PLANCHE 2 — Guerre d'Arran T.8

Extrait de Guerres d'Arran, T.8 - Centre et couronnes, à paraître le 24 septembre

Extrait de Guerres d'Arran, T.8 - Centre et couronnes, à paraître le 24 septembre © Soleil, 2026

« Ce qui me touche dans cette scène, c'est que l'on découvre pour la première fois Lanawyn enfant. Son père lui apprend à observer une scène de crime, à comprendre ce que raconte un corps. Il la forme pour qu'elle devienne, comme lui, une inquisitrice. »

Cette double narration constitue toute la force de l'album. D'un côté, les souvenirs de Lanawyn dévoilent sa jeunesse et les origines de sa vocation. De l'autre, Ylanoon poursuit, dans le présent, la dernière enquête laissée inachevée par son maître. Deux générations, deux parcours, une même transmission.

Jean-Luc Istin souligne également le travail d'Alina Yerofieva, dont le dessin apporte à cette séquence une émotion toute particulière. Son trait restitue avec finesse la tendresse entre le père et la fille, tout en conservant la tension propre à une enquête criminelle.

PLANCHE 3 — Elfes T.36 : Le Carnet de Lana Wyn

Extrait de Elfes, T.36, à paraître le 24 septembre

Extrait de Elfes, T.36, à paraître le 24 septembre © Soleil, 2026

« Quand je reçois certaines pages, je découvre parfois des choses que je n'avais pas imaginées en écrivant. C'est exactement ce que j'attends d'un dessinateur : qu'il enrichisse mon scénario plutôt qu'il ne le reproduise. »

Chaque dessinateur reçoit une documentation extrêmement précise - personnages, costumes, armes, décors - mais reste libre de mettre en scène l'action avec sa propre sensibilité. C'est cette liberté maîtrisée qui permet à un univers partagé de conserver sa cohérence tout en restant vivant.

Pour Jean-Luc Istin, les meilleurs collaborateurs sont ceux qui comprennent l'esprit d'une scène avant même d'en dessiner la première case. Ils ne se contentent pas d'illustrer une histoire : ils deviennent des conteurs à part entière.

Le Monde d'Aquilon en trois territoires

Le Monde d'Aquilon n'est pas une simple succession de séries de fantasy. Il s'agit d'un univers partagé construit autour de plusieurs continents, chacun développant sa propre identité, ses peuples et son imaginaire :

  • Les Terres d'Arran, berceau historique de l'univers, plongent le lecteur dans les grands codes de la fantasy occidentale. On y suit les destinées des elfes, des nains, des orcs, des gobelins, des mages ou encore des hommes, au travers de séries qui se répondent et finissent par tisser une immense fresque commune.

  • À l’est, les Terres d'Ogon proposent une autre approche. Plus sauvages, plus mystérieuses, elles mettent l'accent sur l'exploration, les civilisations oubliées, les jungles luxuriantes et un bestiaire inédit. Ici, le sentiment d'aventure prend le pas sur les grandes rivalités politiques qui animent Arran.

  • Avec les Terres d'Ynuma, Jean-Luc Istin et son équipe ouvrent désormais une troisième porte. Inspiré des mythologies asiatiques, ce nouveau continent renouvelle profondément l'univers en faisant entrer de nouvelles créatures, de nouveaux peuples et une autre manière de raconter la fantasy. Là où Arran puise dans les légendes européennes, Ynuma explore un imaginaire nourri des traditions japonaises, chinoises et plus largement orientales.

Trois continents, trois sensibilités, un seul univers : c'est cette capacité à élargir sans cesse son horizon tout en conservant une parfaite cohérence qui fait aujourd'hui la singularité du Monde d'Aquilon.

Article publié dans ZOO Le Mag N°111 Septembre-Octobre 2026




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