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L'étrange famille Appenzell (Octobre 2020)

couverture de l'album L'étrange famille Appenzell

Éditeur : Editions Margot

Dessin : Benjamin Lacombe

Prix : 19.90€

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La critique ZOO

Note ZOO 4.5

Scénario

4.5

Dessin

4.5

Victoria Appenzell n’a pas uniquement hérité le nom de village suisse de sa grand-mère Eugénie. Elle a également reçu une boîte de photographies et de lettres, celles de son étonnante famille dont elle retrace l’histoire portrait après portrait. Un album réussi, drôle et émouvant.

Les souvenirs sont présentés sous la forme d’un vieil album photo ou se mêlent textes et illustrations. Tout commence par un bel hôtel en 1869 devant lequel pose fièrement une famille de banquiers dont Arthur Appenzel, l’héritier en titre, qui en assure la réputation. Puis arrive Charles, handicapé de naissance, défiguré de parcours, premier à mettre à mal la normalité de sa famille. Les portraits se succèdent alors jusqu’à Victoria témoignant tant de l’histoire de cette famille (à la génétique complexe), que de son entourage.

L’écriture est subtile et efficace. La première différence, la cécité de Charles, s’inscrit dans des codes connus de handicap, son accident et ses cicatrices portent déjà au rejet. Charles confronte l’amour à cette aliénation. En plus de la normalité, l’auteur propose dès lors une réflexion sur le regard, la famille et les liens.

L’humour décalé, ainsi qu’une poésie étrange et raffinée, dirigent la réflexion. Par exemple, grâce au joli fil directeur du regard porté par un champ lexical dédié ou, l’utilisation de noms comme « Beguin », « Cornut », etc. Ainsi qu’au lien tout en finesse texte/illustrations.


Maguy Appenzell

Maguy Appenzell

Les illustrations détaillées, souvent proches du daguerréotype, et aux quelques touches de couleurs sombres, enrichissent le texte et exposent les non-dits (le long coup de Bérénice, etc.) Elles accentuent ainsi subtilement la réflexion sur la différence. La poésie de l’ensemble n’en est que renforcée. En outre, la connivence texte/illustrations (le tempérament piquant d’Alphonse par exemple), accentue l’humour et fait évoluer le regard du lecteur jusqu’à la monstrueuse conclusion.

L’album fait douter de la normalité au fur et à mesure. Les frontières deviennent poreuses. Le regard évolue et fouille illustrations et texte à la recherche de monstruosités (que faire des dix doigts d’Edgar par exemple?) Les codes moraux, valeurs et principes du lecteur sont mis à mal, ce qui amène toujours à une réflexion très intéressante transposable dans le monde réel.

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