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Sorcières ! disent-ils (Mars 2021)

couverture de l'album Sorcières ! disent-ils

Éditeur : Delcourt

Scénario : Singeon, Juliette IhlerDessin : Singeon

Collection : Octopus

Genres : Historique

Prix : 18.95€

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La critique ZOO

Note ZOO 5.0

Scénario

5.0

Dessin

5.0

Juliette Ihler et Singeon signent une bande dessinée engagée et ancrée dans l’actualité sur la figure de la sorcière, éternelle coupable aux yeux des hommes. Tout en étant toujours extrêmement bien documenté.e.s, les auteur.ice.s réussissent à rendre leurs personnages terriblement attachantes, car nous savons qu’elles courent à leur perte…


Boussarde, Yolanda, Théodora, Ermentrude sont quatre femmes du début de la Renaissance, qui exercent des métiers aussi divers que guérisseuse, paysanne, voyante ou forgeronne. Hélas, leur liberté de mœurs et d’esprit ne durera pas longtemps car le début de la chasse aux sorcières se profile à l’horizon… A partir de là, leur déchéance est inexorable et s’accomplit avec un désespoir presque cynique.


3 des sorcières protagonistes

Les sorcières protagonistes
© Delcourt édition 2021


Les auteur.ice.s publient cet ouvrage dans une époque où la volonté d’émancipation des femmes est plus présente que jamais, avec un mouvement de reconquête de leurs libertés et de libération de leurs paroles. A travers la figure du chat noir narrateur, ils retournent également aux sources de nombreux maux actuels qui ont conduit à cette chasse aux sorcières, comme la marchandisation des corps des femmes, la montée du capitalisme et la perte du lien avec la nature. En complément de ces bases très solides, ils proposent une histoire forte et des personnages touchants, qui révoltent et donnent envie de se battre. On lit ce texte les larmes aux yeux, mais il est porteur d’un message d’espoir. Il insiste sur la volonté de réparation, d’effacement de cet héritage de honte.

Singeon joue avec la vision traditionnelle de la sorcière repoussante alors qu’il dépeint des femmes normales. Cela se voit surtout sur deux doubles pages, qui présentent d’abord la sarabande démoniaque que s’imaginent les accusateurs, puis le même décor épuré avec deux de nos personnages en exil. Graphiquement, la séparation est très claire entre la vraie parole des femmes et les médisances qui en découlent. Le découpage montre la brutalité et la cruauté des condamnations, qui contrastent avec le design simple et coloré des personnages. Un futur ouvrage de référence, dans la lignée de l’œuvre de Mona Chollet et qui prend sa source au cœur des luttes féministes d’aujourd’hui.

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