ZOO

L’heure H (Août 2021)

La critique ZOO

Note ZOO 5.0

Scénario

5.0

Dessin

5.0

Dans l’Italie des années 70, les ouvriers de la ville de Tarente mènent un bras de fer permanent avec l’entreprise de sidérurgie Italsider. Et pour cause : tout le monde au port a perdu un membre de sa famille dans un accident d’usine. Avec leurs articles pour le quotidien Lotta Continua, Sara et Sebastiano accompagnent le combat de ces ouvriers.

Né à Naples en 1950, Erri de Luca est l’un des plus grands noms de la littérature italienne contemporaine. Poète, journaliste, traducteur et auteur de Montedidio (Prix Femina étranger) et Impossible (Prix André Malraux de 2020), l’écrivain est d’abord un militant convaincu. L’Italie d'après-guerre et son engagement dans la lutte ouvrière sont au centre de ses travaux les plus reconnus. L’Heure H sonne l’heure pour De Luca de plonger dans la bande dessinée : un média auquel il n’avait encore jamais touché pour diffuser sa pensée.

Coécrit avec Cosimo Damiano Damato, avec qui De Luca a déjà collaboré pour le dessin animé Il cielo in una stalla et le court récit Se i delfini venissero, le scénario de L’Heure H est un manifeste de la parole ouvrière. Les personnages, qu’ils soient journalistes engagés ou ouvriers militants, y parlent du combat permanent qui oppose le patronat au prolétariat. Qu’ils soient contractuels ou amputant le rendement de l’usine, chaque moyen de pression est vital pour clamer la parole ouvrière. Faire plier la hiérarchie pour obtenir gain de cause ne se fait pas sans combattre. Et quand un ouvrier meurt dans un accident du travail, c’est en front uni que le mouvement s’organise. La guerre des classes est une lutte, mais dans l’Heure H, elle se veut pacifique, non armée. Ici, la lutte commence en refusant de baisser la tête.


Le scénario de L’Heure H est un manifeste de la parole ouvrière

Le scénario de L’Heure H est un manifeste de la parole ouvrière
© Futuropolis, éditions 2021


Pour illustrer cette force ouvrière, Paolo Castaldi opte pour l’aquarelle et l’estompe. Les traits et couleurs sont désaturées, gris et abîmés. Les anfractuosités du papier n’en ressortent que plus intensément. C’est là le plus grand exploit graphique de l’Heure H : il fait parler le papier, le support sur lequel le dessin repose. Une matière brute et solide se dégage de chaque vignette, en parfaite cohérence avec les propos sans concession des personnages.


Les traits et couleurs sont désaturées, gris et abîmés

Les traits et couleurs sont désaturées, gris et abîmés
© Futuropolis, éditions 2021


Voilà ce que raconte l’Heure H à travers une Italie qui renaît difficilement après le lourd chapitre du fascisme : une lutte sans compromis. Celle des classes. Celle qui divise la société d’hier comme celle d’aujourd’hui. Celle qui vaincra dans l’union.

L’Heure H est un ouvrage à lire par tous et pour tous.

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