ZOO

Monstres (Octobre 2021)

couverture de l'album Monstres

Éditeur : Delcourt

Scénario : Smith barry Windsor, Anne CrahayDessin : Smith barry Windsor, Anne Crahay

Collection : Outsider

Public : De 1 à 15 ans

Prix : 34.95€

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La critique ZOO

Note ZOO 5.0

Scénario

5.0

Dessin

5.0

Après plus de 15 ans de silence, et malgré les innombrables rééditions de ses comics, Barry Windsor-Smith sort de son silence pour livrer Monstres, un impressionnant Magnus Opus. Une monumentale excroissance d’un projet initialement proposé à Marvel, en 1984, où il était question d’explorer les origines de Hulk !

Dans l’anonymat d’un centre de recrutement militaire à Los Angeles, un jeune homme se présente. Il s’appelle Bobby Bailey, n’a ni famille, ni ami. Il veut juste servir son pays. Son profil sans aucune référence intrigue le sergent McFarland qui l’oriente alors vers le mystérieux programme Prometheus, dirigé par le colonel Friedrich, un ex-soldat nazi ! Réduit à l’état de cobaye, Bobby n’est désormais plus qu’un monstrueux sujet sur lequel vont s’acharner des scientifiques dont la mission est de chercher une sorte de super-sérum afin de créer une génération de super-soldats ! Mais, pris de remords, McFarland va entreprendre de libérer le jeune homme après avoir découvert son histoire familiale : la violence de son père, la mort de sa mère...

UN PROJET MAUDIT

Très attendu à sa sortie, ce volume ne peut malgré tout pas se départir de son histoire éditoriale significative d’une industrie qui peine à se libérer de ses codes. Quand propose son pitch à Marvel en 1984, il veut amener un nouveau regard sur les relations qu’entretient Bruce Banner avec son père violent qui serait responsable de la mort de sa mère. L’idée est de se pencher sur les traumatismes qui se sont progressivement glissés dans le jeune homme afin d’expliquer en partie l’émergence de sa personnalité « Hulk ».

Quelque peu refroidit par le ton résolument adulte et révisionniste, ainsi que par les dialogues plus crus, l’éditeur décline poliment la proposition. Toutefois, Bill Mantlo, le scénariste alors en charge de la série Incredible Hulk, met la main sur le synopsis et s’accapare une partie de l’idée pour l’intégrer à ses scénarios, coupant ainsi l’herbe sous les pieds de Windsor-Smith qui ne peut alors plus utiliser son concept !

Persuadé de tenir, malgré tout, quelque chose d’intéressant, l’artiste commence à réfléchir à une histoire plus ample, débarrassée des références à l’univers Marvel. Il entre en contact avec DC qui met justement en place son label Vertigo, mais rien ne se concrétise. À la fin des années 90, il trouve en Fantagraphics une oreille plus attentive. L’éditeur, qui publie notamment dans la foulée un autre projet rejeté de Smith Adatra in Africa (envisagé comme la troisième partie d’un triptyque consacré à Storm, des X-Men), lui propose de reprendre son projet et de l’étoffer. Ne faisant désormais que quelques rares apparitions deçi delà, Barry Windsor-Smith finit par s’isoler au milieu des années 2000 pour ne se consacrer qu’à ce qui est dorénavant le projet Monstres !

Quand il commence à travailler sur ses planches, Windsor-Smith pense son projet en couleur. Cependant, arrivé à une centaine de pages, il change d’orientation pour un noir et blanc plus contrasté, plus intense, ce qui l’amène à faire évoluer son dessin, à passer beaucoup plus de temps sur ses encrages qui fourmillent de détails, de hachures, de textures diverses. Et même si on a pu admirer ce sens du détail dans ses illustrations, on est impressionné par ce qui se dégage de ces cases, ce foisonnement de traits, cette virtuosité graphique éclatante !

PLUS QU’UN BEL OBJET, UNE HISTOIRE BOULEVERSANTE

Cependant, il ne faut pas seulement voir en Monstres un bel écrin qui emballe un vieux scénario recyclé sur quelques idées tirées de Captain America ou encore du monstre de Frankenstein. L’écriture y est très subtile et extrêmement touchante. Elle se penche à la fois sur ce que vit Bobby après qu’il se soit échappé, mais aussi sur son passé et cette enfance auprès de sa mère aimante qui va subir de plein fouet le retour de celui qu’elle aimait, devenu une boule d’amertume pleine de violence, traumatisé par ce qu’il a découvert dans les camps de la mort allemands ! L’auteur se concentre alors davantage sur les causes, sur ce qui va progressivement amener Bobby là où il en est. Sur ceux qui vont le marquer au fer rouge tout au long de sa vie, ces monstres qui ont détruit plus ou moins directement, un à un, chaque moment qui aurait pu faire de lui quelqu’un de différent, d’entier. Il brosse ainsi une succession de portraits touchants très fins, au gré d’une mosaïque complexe où personne n’est véritablement épargné. Une intrigue sombre et désillusionnée qui traverse le temps, sans ménagement ! Toutefois, Barry Windsor-Smith prend son temps pour développer ses multiples pistes narratives, pour nous offrir des scènes pleines d’émotions, comme ce repas de Noël qui dérape très vite ou ces extraits du journal intime de Janet, la mère de Bobby, qui nous confie ses doutes, ses peurs, sa culpabilité...Le temps s’arrête parfois sur une silhouette allongée sur un lit, aperçue par une fenêtre ouverte, sur un enfant qui se glisse entre ses deux parents, sur la silhouette d’un petit garçon blotti sur les marches d’un escalier, pétrifié.

INDISPENSABLE...

Alors que la rentrée s’annonce une nouvelle fois riche en sorties toutes plus marquantes les unes que les autres, Monstres de Barry Windsor-Smith se présente déjà comme un exceptionnel coup de cœur qui va marquer, à coup sûr, les lecteurs. Une plongée intense dans les méandres du traumatisme d’après-guerre post-nazi. Une histoire qui aurait pu finir perdue dans un énième comics de superhéros, mais qui se révèle peut-être comme l’indispensable du moment…



Article publié dans le Mag ZOO N°83 Septembre-Octobre 2021

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