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Big Black: stand at Attica (Février 2020)

couverture de l'album Big Black: stand at Attica

Scénario : Amazing Améziane

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La critique ZOO

Note ZOO 4.0

Scénario

4.0

Dessin

4.0

Panini Comics qui se lance dans le genre Roman Graphique sociétal ?
C’est le constat que l’on peut faire avec l’édition, en ce mois de septembre, de Big Black Stand at Attica, de Jared Reinmuth et Améziane, d’après Jared « Big Black » Smith. Un témoignage fort sur un chapitre important de l’Histoire des Droits Civiques aux USA.

Le 8 septembre 1971 une mutinerie se déclenche au pénitencier d’Attica, dans l’état de New York. Particularité, sa population est majoritairement afro-américaine. La mutinerie se règlera dans le sang et le massacre d’une partie des prisonniers par la police. Big Black était le « chef de la sécurité » des mutins. Sorti vivant de cet épisode, il s’est engagé depuis dans la défense de la mémoire de ces victimes.

UNE HISTOIRE DE LA VIOLENCE DE LA SOCIETE AMERICAINE

La première vertu de l’Histoire, de cette discipline scientifique, c’est la mise en perspective. Cela permet de regarder notre présent, à l’aune des évènements passés. Avec le massacre d’Attica, nous voilà dans une Histoire très contemporaine. Mais qui, tout de même, montre une réelle évolution de la violence institutionnelle aux Etats-Unis.





Jared Reinmuth le rappelle, la mutinerie se déclenche suite au meurtre dans une autre prison, d’un militant des Black Panthers. La vie des noirs en prison ne valait rien, à cette époque. Elle ne vaut sans doute pas beaucoup aujourd’hui, mais au moins est-elle nettement mieux préservée.

Et donc, cet album nous dit déjà beaucoup d’une évolution de la violence organisée aux USA. Big Black Stand at Attica est une plongée dans le racisme le plus cru. Les mots qui claquent au fil des pages, ceux des gardiens blancs bien entendus, sont d’une violence incroyable pour notre époque. Les actes de répression tiennent plus de la boucherie que du maintien de l’ordre.
Et heureusement, cette violence est quelque peu retombée.

UN TEMOIGNAGE DE PREMIERE MAIN

Le scénariste de cet album a longuement travaillé avec Big Black, le « héros » de cet ouvrage (décédé en 2004). C’est donc sa version des faits qui est transmise ici, il faut bien le noter. Le point de vue est nécessairement orienté. Pour autant, il n’est pas question de dédouaner Frank Smith de toute responsabilité. Reinmuth ne manque pas de le confronter aux actes qui l’ont envoyé en prison.

Néanmoins, il faut bien reconnaître que le poids du racisme quotidien et banal des gardiens envers les prisonniers, ne manque pas de nous faire prendre fait et cause. Pas pour défendre des anges injustement condamnés. Juste pour le droit à la dignité humaine. Contre la torture dont va être victime Smith.

Cet album est un appel à ce que la Justice soit le plus protégée des travers humains. Car quand elle est injuste, alors la Justice n’existe de toute façon plus.

AMEZIANE, UN FRENCHY AUX USA

Particularité de ce comic-book, il est dessiné par un artiste français. Améziane (ou Amazing Améziane, pour reprendre son précédent pseudo) est notamment l’auteur de Clan aux éditions du Lombard ou Miss Davis aux éditions du Rocher. C’est ici son premier album pour le marché américain.



Sa proposition graphique est intrigante. De prime abord, on constate une influence seventies flagrante. Il n’est pas interdit de faire le lien avec le travail d’Ed Piskor sur hip Hop Family Tree, qui évoluait dans les mêmes sphères.

Mais Améziane semble mélanger d’autres styles graphiques, qui complexifient son message. Il n’y a pas de constance graphique, comme si l’artiste s’était laissé aller à des improvisations au fil du récit. Attention, ces changements visuels sont toujours liés à des évolutions dans l’intensité du récit. Mais nous avons ici un travail d’artiste qui mériterait un temps d’échange pour mieux le comprendre.

Belle prise, donc, pour Panini Comics que Big Black stand at Attica. Cet album poursuit le processus de diversification d’un des éditeurs désormais historiques de Marvel en France, commencé avec les productions AWA ou TKO. Un vrai plus pour le lectorat francophone.

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