ZOO

Peepshow (Août 2022)

couverture de l'album Peepshow

Éditeur : Revival

Scénario : Joe MattDessin : Joe Matt

Collection : VAG.REVIVAL BD

Prix : 26.00€

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La critique ZOO

Note ZOO 4.0

Scénario

3.0

Dessin

5.0

Entre février 1992 et juillet 2006, Joe Matt va livrer 14 numéros de Peepshow à un rythme plus ou moins régulier. Véritable plongée dans son quotidien pathétique, il se révèle complètement dans cette autobiographie à la sincérité souvent déconcertante, rééditée intégralement dans ce volume.

Pour mieux aborder cet album, il convient d’abord de bien distinguer le Joe Matt auteur qui se dévoile sans pudeur, du personnage mis en scène dans ces pages.

Car même s’il s’agit d’une autobiographie, le propos reste très orienté. Prônant la sincérité totale de l’autobiographie, il n’hésite pas à s’égratigner et se montrer sans cesse sous l’angle le moins flatteur. Cela l’amène à passer sous silence tout un pan de sa vie dans lequel il pourrait apparaître moins nombriliste, moins attaché à cette image de « tête à claque » permanente ! Néanmoins, la mise en scène s’inscrit dans une mouvance alternative, directement héritière des comix underground des années 60/70. Aucun compromis, du quotidien qui sert à peindre le portrait d’une génération en pleine déliquescence, qu’on appellera ensuite la fameuse Génération X.

Petite soirée vidéo, en solitaire

Joe c’est ce gars nombriliste qui ne pense pratiquement qu'au cul, aux filles qu'il croise, qui fantasme sur la jeune voisine qui vient d'emménager, qui louche sur une inconnue croisée au hasard d'une rue et qui s’entête à rappeler son ex. Il ne fait aucun effort pour changer un peu, passant son temps à raconter à ses copains Chester et Seth (aussi dessinateur de BD) ses multiples déboires romantiques. Pour gratiner ce portrait, il passe son "temps libre" à se masturber devant sa collection de VHS porno qu’il récupère en douce chez un copain… Joe est profondément asocial et maladroit. Cette sincérité exacerbée l’amène régulièrement à se mettre en difficulté, voire même à être abjecte avec sa copine qui tente, tant bien que mal, de maintenir son couple en selle.

Portrait sans maquillage

Il faut, malgré tout, dépasser ce premier contact assez déstabilisant. Progressivement, on se laisse gagner, non pas par l'hypothétique sympathie du personnage, mais par cette espèce de décomplexion complètement assumée. Elle nous rappelle des personnages comme Ignatius J. Reilly de de Kennedy Toole, le sentiment d’évoluer dans un univers intérieur où tout est exprimé, sans fard, au point d’en être parfois même gêné… !

Il y a malgré tout une insistance à ne pas vouloir lisser son propos, à se dépeindre sans cesse comme un gars antipathique qui n'hésite pas à lorgner une gamine de 15/16 ans, à montrer ses caprices d'ado hargneux devant sa mère… Il n’y a vraiment aucun compromis, aucune concession, ne serait-ce que pour simplement permettre d'avoir un peu d'empathie pour lui…

Cet album nous propose ainsi une succession de scénettes prises "sur le vif", avec une pincée d'humour et beaucoup de cynisme barré ! Le réel se dévoile petit à petit derrière la fiction. On reste en retrait devant ce personnage à l’honnêteté cash.

Peepshow, Joe Matt

Peepshow, Joe Matt
© Vagator, 2022

Œuvre en rupture

Peepshow demeure l’une des œuvres les plus représentatives de cette scène alternative des années 90, dans le sillon des autres auteurs canadiens comme Seth, Chester Brown, ou aux States avec Peter Bagge etc.

Un refus du récit traditionnel, avec ses messages, ses effets de style artificiels. Il n’est question ici de n’accepter pour seul décor que le quotidien dans toute sa banalité et ses travers.

En contre partie, Joe Matt demeure un artiste au trait extrêmement beau et expressif. Le dessin, évolue beaucoup du début à la fin. Les premières planches étant très précises, avec une encrage d’une grande finesse. Celles de la seconde moitié gagnent en épure, avec le charme de la ligne claire, très maîtrisé !

On peut détester ce gars, avoir envie de le secouer et de lui dire de se taire, néanmoins, cette lecture est édifiante. On y voit pointer en substance une certaine forme de tristesse résignée qui laisse à réfléchir.

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