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Saga de Xam (Décembre 1967)

couverture de l'album Saga de Xam

Éditeur : Eric Losfeld

Scénario : Jean RollinDessin : Nicolas Devil

Genres : -

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La critique ZOO

Note ZOO 4.5

Scénario

4.0

Dessin

5.0

Initialement publiée en 1967, aux éditions Losfeld, Saga de Xam reste une œuvre mythique, véritable espace d’expérimentation de son auteur, Nicolas Devil, sur scénario du cinéaste alternatif Jean Rollin. Ce premier « roman graphique français » dont la puissance plastique n’a jamais été égalée est aujourd’hui rééditée aux éditions Revival, grace au travail acharné de Christian Staebler qui a tout rescanné et mis en couleur avec le fils de l’artiste.

Longtemps préservée de la violence, la planète Xam (uniquement peuplée de femmes) voit les hordes Troggs débarquer, détruisant et asservissant la population sans ménagement. La belle Saga est alors envoyée par les dirigeantes de sa planète pour trouver sur Terre une solution à travers diverses périodes de l’Histoire. Le principe est donc installé, une héroïne bleue qui ne parle aucune langue terrienne, qui sous un vague prétexte a la capacité de voyager dans le temps.

Elle se retrouve ainsi en plein moyen-âge, menacée de viol par l’inquisition. Au second chapitre, elle fait la connaissance de Zô, la captive d’une troupe de vikings. Le troisième chapitre se déroule durant la préhistoire, le suivant dans l’Egypte antique, puis à Shanghaï à la fin du XIXème siècle. Saga revient ensuite sur Xam dont la population est complètement assujettie par les Troggs. L’agent est alors renvoyée sur Terre, aux États-Unis des sixties, noyée dans les références historiques, entre autres, à l’accident nucléaire de Palomares ou aux contestations sociales de l’époque.

Un ovni esthétique, un geste artistique

Mais très vite, on comprend que l’intérêt de cet album est bien plus graphique que scénaristique, tant l’histoire passe tout d’abord au second plan, pour ensuite être carrément reléguée à un vague habillage des images. Toutefois, les textes restent un temps assez présents, décrivant les scènes, y ajoutant des détails hors champs, des précisions que les « cases » n’accompagnent pas. En parallèle, les mots varient de tailles, demandant parfois carrément l’usage d’une loupe. On y découvre ainsi de nombreuses références, littéraires, cinématographiques ou simplement aux amis.

Quant au dessin, le style et la colorisation changent à chaque époque, définissant ainsi une lecture mutante qui évolue au gré des ambiances. On est ébloui par l’audace des expérimentations techniquement très réussies et riches en détails, en finition. C’est extrêmement impressionnant d’un bout à l’autre. L’album est baigné dans un charme, une énergie psychédélique qui évoque à la perfection la folie des années 60, ses excès et ses couleurs criardes. On est au cœur d’un geste artistique sans compromis ni limite, qui en vient même à s’abstraire du récit lui-même pour devenir peut-être trop démonstratif et hermétique dans la dernière partie. Et c’est certainement la limite de cette démarche, la rupture qui devient juste contemplative, dénuée de sens direct, au fil des incrustations, des amis de passage qui griffent le coin d’une page, sans tenir compte du reste.

Saga de Xam

Saga de Xam

©Revival, 2022

Le retour des oubliés

Si aujourd’hui, il est important de réhabiliter cet album trop injustement oublié, c’est d’une part car il permet de ramener à la lumière un artiste tombé dans les oubliettes de l’histoire de la bande dessinée, mais surtout car il est important de se souvenir des œuvres qui marquèrent ce médium à un moment précis où il était en pleine mutation, ou il se redéfinissait en étirant ses propres limites.

Saga de Xam démontre par son originalité et cette folie créative presque hystérique, combien il reste encore d'espaces à explorer. 55 ans après sa première publication, l’album interpelle par son aspect innovateur et moderne.

En le feuilletant, on ne peut que mieux comprendre son aura mythique, magnifié par le travail éditorial de toute beauté des éditions Revival, sous la direction passionnée de Christian Staebler.

Un indispensable que tous les curieux prendront plaisir à redécouvrir. Une vraie pépite !

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