Contrition Village est un de ces récits coup de poing dans un gant de velours noir. Une enquête dans une communauté de pédophiles abstinents réunis par choix (ou non) dans un quartier pas comme les autres. Sans voyeurisme sordide. Très fort.
Contrition est une histoire qui marque, tant par son scénario que par son dessin. « Noir » est le qualificatif qui vient spontanément à l’esprit pour cette œuvre à l’efficacité redoutable, sans effet de manche. Mais on pourrait ajouter « gris » car la construction au cordeau du récit par Carlos Portela (scénariste reconnu en Espagne) va bien au-delà du nécessaire contraste Bien / Mal.
Une communauté de pédophiles ayant purgé leur peine vit à Contrition Village, un quartier loin de tout lieu fréquenté par des enfants, comme la loi de Floride l’impose. La couverture montre l’un de ces hommes assis devant chez lui, une pancarte plantée dans son gazon précisant qu’il est un prédateur sexuel. Ambiance... De son nom Christian Nowak, il est en fuite, aidé par un mystérieux compagnon, Tomasson. Marcia, une journaliste qui s’ennuie dans son travail va prendre cette affaire à cœur pour en démêler les fils.
Contrition © Denoël Graphic, 2023
Le scénariste multiplie les angles de réflexion. Si une rédemption était possible, pourrait-on pardonner quand on est parent d'une victime ? Le tempo est plutôt lent, nous imprégnant de cette atmosphère délétère. La psychologie des personnages est suffisamment approfondie (à l'exception peut-être de la journaliste qui fonce droit dans le mur) pour que l'on vive le récit. Sans que jamais on ne sombre dans le voyeurisme.
Le dessinateur Keko, espagnol également, déploie sa palette de noir et de noir (avec un peu de blanc seulement !) pour nous immerger dans cette histoire. Ses effets de matière, souvent charbonneux, contribuent à l'ambiance lourde qui suinte des murs et des âmes de Contrition Village. Ses décors sont souvent faits à base de photos, mais tellement retravaillées que le résultat s'intègre bien dans les dessins. Son style graphique fait penser aux comics indépendants.
Un album surprenant, mûri, jamais racoleur, sans scènes de violence, mais qui fait froid dans le dos.
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