Marjane Satrapi raconte ses moments de longues discussions avec sa grand-mère, un drôle de personnage. Au rythme du thé, les femmes iraniennes se retrouvent seules après le repas, sans les hommes, et leurs langues s'en donnent à cœur joie. Un petit livre original où l'on retrouve avec plaisir le trait épais et le dessin en noir et blanc de l'autrice de Persepolis. On est loin du niveau de cette œuvre devenue mythique, même si Broderies est une jolie parenthèse.
La grand-mère de Marjane Satrapi est un sacré numéro. Il vaut mieux éviter de lui parler le matin tant qu'elle n'a pas bu son thé à l'opium. Mais une fois disponible, c'est une grande bavarde. Pour la vieille dame, « parler derrière le dos des autres est le ventilateur du coeur ». Alors, après le repas, les femmes de la famille Satrapi se retrouvent sans les hommes pour discuter, discuter et encore discuter. En particulier des hommes, des histoires de cœur et de cul.

Broderies, réédition 2023 © L'association
L'autrice de Persepolis et Poulet aux prunes livre une nouvelle tranche d'intimité familiale réjouissante et parfois acerbe. Sa grand-mère est le fil rouge de ses Broderies et de ces moments de complicité féminine interdits à la gente masculine. C'est frais, parfois trash mais non dénué d'humour et d'esprit.
L'autrice iranienne développe comme à son habitude un dessin au noir très épais. Ses personnages dégagent une grande expressivité et invitent à s'immiscer dans ces histoires familiales et féminines. Leurs anecdotes sont tantôt réjouissantes, tantôt affligeantes. On avance dans cette petite BD, dont L'Association a particulièrement soigné la réédition, un peu comme dans un salon de thé. L'ambiance feutrée dénote avec la teneur de certains propos tenus par ces femmes selon leur état d'esprit.
Broderies n'est pas la meilleure bande dessinée de Marjane Satrapi. Mais comme Poulet aux prunes, elle permet d'approfondir l'environnement et l'histoire familiaux découverts dans Persepolis. Et d'avoir une vision plus élargie de l'oeuvre d'une autrice qui compte.