Si chacun, en 1985, a entendu parler de la grande dame, nulle biographie autorisée n’a été publiée alors aux États-Unis. Curieusement, c’est à un Français qu’échoit la mission de recueillir ses souvenirs. Une captivante fiction !
Américaine et francophile
Premiers pas sur le sol américain. Se rendre auprès de la pionnière dont l’influence dynamique et multipolaire a nourri l’essor journalistique du XXème siècle, autant que la féminisation progressive d’une société machiste : Louise Pembleton !
Voilà bien une véritable star vers laquelle se dirige l’écrivain français Roger Lefort après un vol en Concorde. Biographe expérimenté, mandaté par Paul, son directeur de collection des éditions Fallène, Lefort est accueilli chaleureusement au sein du luxueux parc hôtelier de la famille.
Âgée de 84 ans, Louise, témoin et actrice du siècle, a convenu de se rendre disponible pour la série d’entretiens prévus sur trois mois.
Thomas, son neveu - propriétaire du palace - informe brièvement Lefort de la santé déclinante de son aïeule avant de le mener jusqu’à elle.

Les chroniques de Louise Pembleton © Les Sculpteurs de Bulles
Se relever et vivre !
Débute alors l’évocation des joies de l’enfance et du drame frappant la famille alors que Louise n’a pas huit ans. Les conséquences économiques et sociales marqueront à jamais l’enfant tandis que des grands-parents attentionnés, ouverts au monde des arts, apporteront durablement un indispensable réconfort, germe probable d’une sensibilité exceptionnelle.
Ainsi, dessinatrice remarquée dès son plus jeune âge, Louise s’immerge dans les lieux de cultures artistiques, dans le monde des spectacles. Jusqu’au jour où son frère lui annonce la création prochaine d’un magazine d’un genre nouveau, entièrement consacré à la femme. Initiative originale de la veuve d’un magnat de la presse recrutant une équipe féminine. Son fils assurant quant à lui la direction du journal existant.
Une opportunité que saisira à bras-le-corps la jeune ambitieuse aux multiples talents.

Les chroniques de Louise Pembleton © Les Sculpteurs de Bulles
Big Apple idéalisée
Au fil du récit, les auteurs font revivre un New York des années 20 dans laquelle une femme affirme son indépendance d’esprit et s’épanouit tant professionnellement qu’intimement, entourée d’une famille de cœur. Celle constituée au sein de la pension de Miss Daisy.
Si une mixité ethnique s’affiche, si le tabou de l’homosexualité est évoqué, le lecteur souscrit néanmoins d’emblée à l’idéal romanesque anachronique.
Un concert de jazz donné par Bessie Smith, la pègre et Lucky Luciano, l’hôpital Knickerbocker sont autant de touches historiques contribuant à la cohérence d’un univers dans lequel grandit cette héroïne à qui tout réussit.
Épreuve et conséquences
Compétente, séduisante par son charme naturel et son appétit de vivre, Louise attire l’attention autant que les faveurs des bonnes personnes. Celles qui, spontanément, lui témoigneront de l’estime autant que de l’affection.
Mais un bon récit ne peut se satisfaire d’un bonheur constant. La criminalité surgit, bouleverse les vies. Louise a du sang-froid, aide une victime, se précipite vers une opportunité professionnelle s’exposant au danger…

Les chroniques de Louise Pembleton © Les Sculpteurs de Bulles
Réveil !
Séquelles physiques, addiction aux médicaments, prix à payer sur le long terme - dont la canne est un rappel constant - tout ça et plus encore, Louise le raconte, exposant les ressorts de ce que nous découvrirons plus tard…
La pension de Miss Daisy s’achève et l’attente débute pour le lecteur captivé.
Un second tome, intitulé Deep City Lights, sera nécessaire pour en connaître plus.
La campagne de financement de celui-ci vient de débuter à cette adresse.

Les chroniques de Louise Pembleton © Les Sculpteurs de Bulles
Admirable graphisme et plus encore.
Par l’usage du sépia, le dessin réaliste de Djief Bergeron offre la plongée immédiate dans des lieux que le regard contemple avec gourmandise. Travail d’orfèvre !
Thème féminin, traité avec une grande sensibilité, l’ascension de Louise Pembleton est rendu possible par la multitude des attaches émotionnelles. Famille d’origine, groupe d’amies, équipe professionnelle, relations banales ou parfois transgressives, le panorama des relations est vaste. Il rend crédible l’inébranlable foi en la vie que dégage cette héroïne. Benoît Prieur, éditeur et scénariste, fait éclore son monde intérieur avec la fluidité du rythme et des dialogues. Soudain, une mise en scène tranche avec la narration usuelle. Muette, elle égrène une semaine paisible, prélude au tournant dramatique. Délicieuse évocation que les pages de Djief font naître.
Les chroniques de Louise Pembleton, premier tome : une collaboration alchimique. Un trésor, tout simplement.
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