À la fin du XVIIIe siècle, Madeleine, une jeune femme ambitieuse, épouse un homme simple et sans envergure, propriétaire d’une taverne misérable. Grâce à son énergie et à sa volonté, elle transforme l’établissement en hôtel. Situé à la campagne, sur un axe de passage, le lieu a du potentiel, et Madeleine rêve d’y attirer une clientèle aisée. Pour cela, elle économise patiemment afin de financer d’importants travaux.
Orpheline, Madeleine a connu une enfance marquée par l’abandon. Son père, un botaniste érudit, était parti aux Amériques pour étudier la flore locale. Il y resta de longues années, délaissant sa femme et sa fille. À son retour, après la mort de son épouse, il confia à Madeleine, Benjamin, le fils qu’il avait eu avec une Indienne. La jeune aubergiste engage son demi-frère dans son établissement, mais lui mène la vie dure : perfectionniste, exigeante avec son personnel, elle l’est encore davantage avec lui.
Un jour, un brouillard étrange et maléfique s’abat sur la région. Persistant, il plonge hommes et bêtes dans la souffrance. L’une des servantes meurt, tandis que Benjamin est assailli de visions inquiétantes. Peu à peu, un climat de peur et de tension s’installe.

Extrait de "Le souffle du diable" © Anspach
Ce récit est signé par Ken Broeders, auteur belge installé à Anvers, déjà connu pour Tyndall et Apostat. Dans cet album, il assure à la fois le scénario et le dessin. Son histoire s’ancre dans un événement réel : l’éruption du volcan islandais Laki, survenue en juin 1783 et qui, jusqu’en février 1784, cracha fumées toxiques et coulées de lave. Les vents propagèrent ces émanations jusqu’en Europe de l’Ouest, enveloppant les paysages d’un brouillard mortel, provoquant tempêtes, orages électriques et grêlons destructeurs. Broeders s’appuie sur ce fait historique pour tisser une fiction où l’imaginaire et la peur d’une population crédule se mêlent à la croyance en une intervention diabolique.
Son style graphique, semi-réaliste et expressif, privilégie des mises en page sobres mais réfléchies, avec de grandes cases qui varient en taille. Les illustrations du ciel obscurci accentuent l’atmosphère pesante. Les couleurs, travaillées avec soin, plongent le lecteur dans une ambiance oppressante et servent l’intensité dramatique du récit. Broeders parvient ainsi à susciter une angoisse proche de celle que l’on retrouve dans les récits d’Edgar Allan Poe. Seul regret : une conclusion un peu faible, qui laisse le lecteur sur sa faim.