Qu’elle est terrifiante, cette histoire ! On suit, haletant, les efforts désespérés d’une famille nombreuse pour survivre face à la montée des eaux qui a submergé la planète. Le dessin transcende l’émotion suscitée par ce récit coup de poing.
On a peu de détails sur la Catastrophe, imaginée au départ par Sandrine Collette dans un roman : l’effondrement d’un volcan, puis une énorme vague. Résultat : les terres submergées. Une famille a survécu dans sa maison sur une colline devenue un îlot. Une BD avec une famille si nombreuse, c’est rare. Neuf enfants ! Mais l’eau continue à monter et seuls six pourront accompagner les parents sur la barque censée les aider à trouver les « terres hautes ». Le père reviendra chercher les autres après.

Des dessins à couper le souffle, que l'on doit à Dominique Monféry.
© Rue de Sèvres, 2026
Le beau dessin de Dominique Monféry est nerveux et travaillé. On sent l’angoisse des trois enfants que les parents ont choisi de laisser derrière eux. Et le sentiment de culpabilité de la mère, personnage clé. Le père, lui, est en mode survivaliste. Pas le luxe d’avoir des états d’âme. La luminosité, subtilement traduite par des couleurs à l’aquarelle, est étrangement inquiétante, sur l’île comme sur les eaux. Quels monstres marins se cachent dans les profondeurs ? Comment résister aux tempêtes sur une coquille de noix ? Vont-ils tous survivre ? Rien n’est moins sûr. Et comment trois enfants livrés à eux-mêmes dans de telles conditions pourraient-ils ne pas dérailler ? Jusqu’où iront-ils sans adulte pour remettre de l’ordre ? Les expressions du garçon de huit ans sont étonnantes de justesse.

Un récit post-apocalyptique signé Sandrine Collette, sublimé par Dominique Monféry.
© Rue de Sèvres, 2026
Nous suivons alternativement le destin de l’un et de l’autre groupe, et la tension est palpable dans les deux cas. L’intensité dramatique est impressionnante. Le propos n’est pas un discours environnementaliste, mais reste centré sur la famille et ses réactions face à des situations extrêmes. Et nous, comment réagirions-nous ?
Article publié dans ZOO Le Mag N°108 Janvier-Février 2026