Entre polar et récit de vie, cet album nous plonge dans un petit port de pêche de la côte est du Canada, au début du XXᵉ siècle. Il explore le quotidien d’une communauté presque exclusivement féminine, où l’attente, la survie et les relations humaines se mêlent à une enquête menée par des voyous.
En 1914, au large de la Nouvelle-Écosse, un navire chargé de caisses de whisky de contrebande fait naufrage. Un marin tatoué survit à l’accident et trouve refuge dans l’auberge d’un petit village isolé. Le lendemain, deux hommes venus de New York arrivent à leur tour. Ce sont des malfrats chargés de retrouver la cargaison disparue. C’est la deuxième fois qu’un de leurs convois sombre en mer, et leur patron commence à s’inquiéter. Une bouteille de whisky a en effet refait surface entre de mauvaises mains, ce qui leur a permis de remonter jusqu’à ce hameau côtier, perdu loin de toute route.
Les deux hommes s’installent à l’auberge et mènent leur enquête, déterminés à découvrir où est passé l’alcool et qui se cache derrière ce détournement. Le village ne compte que quelques maisons, habitées presque exclusivement par des femmes. Le seul homme du village est le gardien du phare, ancien matelot obèse, mais désormais incapable d’affronter la mer. Toutes ces femmes attendent un marin : un mari, un fiancé, un fils parti pêcher. La mer, de moins en moins poissonneuse, oblige les hommes à s’éloigner toujours davantage et à s’absenter longtemps pour espérer revenir avec une prise.

Extrait de Soeurs des vagues, par Mikaël et Tristan Roulot
© Le Lombard, 2026
Construit comme un polar, l’album présente une forte dimension historique et sociale. L’intrigue offre un portrait sensible des femmes du village, de leurs espoirs, de leur quotidien - ou plutôt de leur survie - dans cette région pauvre et reculée du Canada. Le scénariste Tristan Roulot, et le dessinateur Mikaël, vivent au Canada et situent leur récit dans ce décor isolé. On peut penser à Magasin général, mais le ton et le traitement diffèrent nettement.

Extrait de Soeurs des vagues, par Mikaël et Tristan Roulot
© Le Lombard, 2026
Par son dessin, Mikaël donne pleinement vie au scénario et aux personnages. Son trait fin, la précision des décors et son sens du cadrage rendent la lecture fluide et captivante. Il insuffle du mouvement aux scènes, et chaque protagoniste est soigneusement caractérisé, sans jamais perdre le lecteur malgré la richesse de la galerie de personnages. La palette de couleurs, dominée par les bleus et les bruns, traduit parfaitement l’atmosphère maritime, froide et rude, qui imprègne l’ouvrage.
Les deux auteurs signent ici un album de grande qualité, à la fois dépaysant et prenant. Une très belle lecture.