Une réflexion fine et intelligente sur la mémoire de la culture aztèque, en mutation profonde vingt ans seulement après l’arrivée des conquistadors. Graphiquement superbe et très bien pensé, mis en valeur dans un bel ouvrage de format carré.
Le Codex de Florence, ouvrage encyclopédique rassemblant Histoire, culture, traditions, croyances des Nahuas (groupe auquel appartiennent les Aztèques) est l'œuvre de la vie du Père Bernardino de Sahagun, un humaniste secondé par des Nahuas catholiques et lettrés. Nés après la conquête par Hernan Cortes du Mexique (alors appelé Nouvelle-Espagne), ces Nahuas maîtrisent parfaitement le latin et le grec, connaissent la pensée des philosophes de l'Antiquité.

Une réflexion intelligente sur la mémoire de la culture aztèque
© Éditions Delcourt, 2025 — Bertrand, Dytar
Antonio Valeriano est l’un d’eux. Il est donc au croisement de la culture de son pays et de la culture européenne. L'ouvrage met en évidence les crises d'identité, de conscience, que cela engendre en lui. D’autant plus qu’il est le narrateur. Nous le suivons depuis l’enfance jusqu’à l’âge mûr. Il a réellement existé mais l’Histoire a gardé peu de traces le concernant. Le talent des auteurs fait le reste.
Romain Bertrand a écrit un scénario très documenté, comme on peut le voir à la fin de l’ouvrage quand il partage les « sources et sentiers de l’enquête ». Le lexique est fort utile pour éclairer des dialogues faisant régulièrement référence à la culture nahua. L’histoire décrit, avec intelligence et subtilité, les conséquences d’une acculturation rapide de tout un peuple, malgré une prise de conscience corollaire de certains.

Une bande dessinée au style parfaitement exécuté et au scénario très documenté
© Éditions Delcourt, 2025 — Bertrand, Dytar
Le livre intègre deux styles graphiques exécutés par un même artiste, Jean Dytar, qui nous surprend à chacun de ses albums (La vision de Bacchus, Les Illuminés...). Dans une même case se côtoient un dessin qui évoque les gravures européennes d'alors, en noir et blanc, et le dessin naïf et coloré (proche du dessin animé, pourrait-on dire) inspiré de l’art aztèque. L'exercice de style est parfaitement exécuté et distille une certaine émotion.
On ne peut que s'incliner devant l'intelligence de l'ouvrage et son utilisation maîtrisée des ressources spécifiques offertes par la bande dessinée.