Il aura fallu attendre 25 ans pour lire la suite de Battle Chasers de Sharrieff et Madureira, le dessinateur étant parti explorer d’autres univers graphiques, notamment dans le milieu des jeux vidéo. Mais voilà, Gully, Garrison et Red Monika sont de retour, en pleine forme.
S’il est une série qui a longtemps frustré ses lecteurs, c’est bien Battle Chasers, abandonnée par son propre créateur, Joe Madureira, parti travailler comme designer sans jamais avoir pris le soin de terminer l’arc sur lequel il travaillait. On l’a certes revu passagèrement chez Marvel ou DC, histoire de boucler des mois difficiles, certainement, mais exit sa série et ses fans.
Pourtant, en 2023, le 10ᵉ épisode est annoncé, cette fois dessiné par le Français Ludo Lullabi, sur scénario de Madureira seul. La surprise est agréable, les planches convaincantes et malgré le temps passé, c’est un vrai plaisir de replonger dans cet univers de fantasy.

Les gros plans grimaçants, les poings qui s’imposent, les contre-plongées vertigineuses et cet art de l’action font de cette lecture un vrai retour en arrière vivifiant sur ce que les années 90 pouvaient avoir de mieux © Joe Madureira. Tous droits réservés. © Editions Delcourt pour la version française
L’histoire
On évolue donc dans un monde entre Moyen Âge fantastique et fantasy, peuplé de guerriers surpuissants, de magiciens âgés, de loups-garous inquiétants et d’une ribambelle de personnages tous plus dangereux les uns que les autres. L’héroïne, la jeune Gully, vit dans l’attente de son père, le célèbre chevalier Aramus, qui a mystérieusement disparu en laissant derrière lui ses redoutables gants de combat qu’il a légués à sa fille. Malheureusement, ces gants attirent toutes les convoitises et très vite, la fillette se rend compte qu’elle n’a d’autre choix que de fuir. Elle trouve refuge auprès du mage Knolan et de son compagnon, le golem Calibretto, qui réussissent à la protéger momentanément, jusqu’à l’arrivée inopinée du chevalier Garrison, l’ancien élève d’Aramus.

Si cette histoire reste assez classique dans son déroulé, elle permet néanmoins d’exacerber le dynamisme naturel du trait de Madureira qui explose littéralement dans chaque page © Joe Madureira. Tous droits réservés. © Editions Delcourt pour la version française
Dans une seconde trame, en parallèle, on rencontre la belle et très redoutable mercenaire, Red Monika, qui vient d’être engagée pour délivrer un certain Ryon Del Soyade, retenu dans la fameuse Prisonciel, réputée imprenable. Toutefois, elle libère involontairement, au cours de l’opération, tous les autres prisonniers, ce qui a pour effet immédiat d’ébranler le royaume qui se retrouve attaqué de tous les côtés…
Action et nostalgie
Si cette histoire reste assez classique dans son déroulé, elle permet néanmoins d’exacerber le dynamisme naturel du trait de Madureira qui explose littéralement dans chaque page. Les gros plans grimaçants, les poings qui s’imposent, les contre-plongées vertigineuses et cet art de l’action font de cette lecture un vrai retour en arrière vivifiant sur ce que les années 90 pouvaient avoir de mieux. Alors oui, c’est un peu daté quand même, surtout quand on voit la suite dessinée par Ludo Lullabi qui s’inscrit lui tout à fait dans la mouvance moderne, mais quelle claque tout de même.

La surprise est agréable, les planches convaincantes et malgré le temps passé, c’est un vrai plaisir de replonger dans cet univers de fantasy © Joe Madureira. Tous droits réservés. © Editions Delcourt pour la version française
Lu « en bloc », le récit est captivant et assez dense. Sharrieff et Madureira tiennent très bien leur intrigue et dosent habilement les multiples rebondissements, tout en gardant assez d’espace pour nourrir cet univers et ouvrir vers d’autres pistes. Car en effet, il devrait y avoir une suite… Peut-être qu’un peu plus de psychologie n’aurait pas été de trop, l’action pure étant le principal moteur de l’intrigue. Mais, encore une fois, Madureira reste fidèle à sa proposition. En attendant, que ce soit ses planches, celles d’Adam Warren ou de Ludo Lullabi, c’est un vrai bonheur pour les yeux, avec des styles très marqués et très expressifs.
En attendant une hypothétique suite, je vous conseille de vous faire plaisir avec cet énorme volume, qui est un vrai régal à lire.



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