Chaque année a lieu, dans un petit bourg de la Nouvelle Angleterre, une loterie. Un rite immuable puisque l’un des participants en est à sa 77ème participation. Tous les villageois sont appelés à tirer un papier blanc plié en deux. Un seul d’entre eux est marqué d’un rond noir. Ticket gagnant ? Miles Hyman nous entraîne dans une intrigue qu’on ne lâchera plus avant la dernière page.
Il adapte ici une nouvelle écrite par sa grand-mère, écrivaine peu connue en France, qui fit sensation lors de sa publication dans les pages du New Yorker en 1948. L’immense Stephen King lui dédia son roman Firestarter (Charlie) en 1980 par ces mots : « À la mémoire de Shirley Jackson qui n’a jamais eu à élever la voix. »
On sait, notamment grâce à King, que depuis les sorcières de Salem, la Nouvelle Angleterre est une terre propice au genre fantastique et à l’horreur. Cette histoire s’inscrit parfaitement dans la lignée de cette littérature.
S’il faut voir dans cet album un hommage à son aïeule qui décéda lorsqu’il n’avait que trois ans, La loterie permet à Miles Hyman de déployer ici tout son talent graphique. Epargnons-nous le débat quant à savoir s’il faut le considérer comme un illustrateur de grand talent, plutôt qu’un auteur de bande dessinée tant la question ne se pose jamais tout au long de cette narration qui ne cesse de privilégier l’image au texte dans un enchaînement et une fluidité diabolique. Une deuxième lecture, une fois connu le dénouement, ne fera que renforcer notre conviction : La loterie est un grand livre.
Seul petit bémol : en plus de la postface sur la carrière de sa grand-mère et les réactions suscitées par la publication de cette nouvelle, il eût été judicieux d’y rajouter le texte littéraire, ne serait-ce que pour mesurer sa traduction en images.