Rarement un premier album aura su restituer avec autant de naturel les émotions d'un départ loin de chez soi. Dans Mămăligă, Zoé Barthélémy raconte son expérience roumaine avec une fraîcheur et une sincérité qui emportent immédiatement l'adhésion du lecteur.
Avec cet ouvrage, la jeune autrice fait une entrée remarquée dans le monde de la bande dessinée. Fille de l’auteur de BD Stanislas, qui l’a lui-même mise en scène dans certains de ses albums, elle s’émancipe ici de cet héritage avec une œuvre très personnelle et un style de dessin qui lui est propre.
Ce roman graphique raconte sa première expérience de vie loin de sa famille et de son cercle habituel. Au début des années 2020, dans le cadre d’un programme Erasmus, elle part étudier pendant cinq mois à Bucarest au sein d’une école de cinéma d’animation. Ce départ vers l’inconnu l’oblige à quitter ses repères et à se confronter à une nouvelle culture.

Mămăligă constitue une entrée remarquée dans le neuvième art. Ce premier album séduit par sa sincérité, son regard juste sur l’expérience Erasmus et la sensibilité de son dessin © L'Association, 2026
Avec beaucoup de sincérité, elle retrace cette parenthèse fondatrice de son existence. Sous certains aspects, son récit évoque le film L'Auberge espagnole de Cédric Klapisch, tant par son sujet que par son regard sur la jeunesse européenne. Loin d’idéaliser son séjour, elle en montre également les difficultés.
Les premières semaines sont marquées par l’isolement : les cours se déroulent encore à distance à la suite de la pandémie de Covid-19, et la jeune femme peine à trouver sa place. Peu à peu cependant, les rencontres se multiplient. Des étudiants roumains, britanniques ou encore turcs entrent dans sa vie, jusqu’à une histoire d’amour qui donnera une nouvelle dimension à son aventure. À travers ses découvertes, ses émotions et ses expériences culinaires (la Mămăligă est une sorte de polenta roumaine), elle invite le lecteur à découvrir la Roumanie avec un regard curieux et bienveillant.

Graphiquement, Mămăligă se distingue par un noir et blanc expressif et vivant. Le trait de Zoé Barthélémy oscille entre spontanéité et sens aigu de l’observation, notamment lorsqu’elle représente les rues et les paysages urbains de Bucarest © L'Association, 2026
Le scénario est construit comme une succession de scènes du quotidien. Zoé Barthélémy ne cherche jamais à transformer son séjour en voyage initiatique idéalisé ; elle préfère raconter avec simplicité la réalité de sa vie d’étudiante expatriée. Cette approche confère au récit une authenticité touchante.
Le lecteur partage ses moments de doute, ses amitiés naissantes, ses émerveillements et cette sensation particulière du temps qui s’écoule loin de chez soi. Nombreux seront ceux qui retrouveront dans ces pages des souvenirs personnels liés à leurs propres expériences d’émancipation. L’autrice parvient ainsi à trouver un équilibre juste entre introspection et découverte d’un environnement nouveau.

À travers ses découvertes, ses émotions et ses expériences culinaires (la Mămăligă est une sorte de polenta roumaine), elle invite le lecteur à découvrir la Roumanie avec un regard curieux et bienveillant © L'Association, 2026
Graphiquement, Mămăligă se distingue par un noir et blanc expressif et vivant. Le trait de Zoé Barthélémy oscille entre spontanéité et sens aigu de l’observation, notamment lorsqu’elle représente les rues et les paysages urbains de Bucarest.
Les séquences les plus marquantes sont celles où le dessin traduit les états d’âme de l’autrice : les moments de solitude, les errances dans la ville ou les instants de bonheur prennent alors une dimension presque poétique. Sans rechercher la démonstration technique, elle privilégie l’émotion et la proximité avec ses personnages, ce qui sert parfaitement le caractère intimiste du récit.

Rarement un premier album aura su restituer avec autant de naturel les émotions d'un départ loin de chez soi. Dans Mămăligă, Zoé Barthélémy raconte son expérience roumaine avec une fraîcheur et une sincérité qui emportent immédiatement l'adhésion du lecteur © L'Association, 2026
Au final, Mămăligă constitue une entrée remarquée dans le neuvième art. Ce premier album séduit par sa sincérité, son regard juste sur l’expérience Erasmus et la sensibilité de son dessin. L’ouvrage se prolonge même par un court dessin animé accessible grâce à un QR code en fin de volume, une initiative originale qui complète agréablement cette œuvre déjà très attachante.



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